Présentation

Samedi 7 novembre 2009

Dans la suite des projets de livres qui traversent mon imagination, j’en ai vu arriver un qui m’a paru grandiose. Un récit croisé de la vie à Nankin (Chine) aujourd’hui et des débuts de la république chinoise, à Nankin eux aussi. Pour le dire autrement, et pour pasticher l’auteur dont je parle dans le billet précédent, je présenterais les choses ainsi :

Le projet vaste et confus d’écrire l’histoire de la république chinoise du point de vue du lac des Nuages Pourpres, ou pour le dire autrement, ce qui reviendrait au même sous l’angle de la confusion et de l’amplitude, de parler du lac des Nuages Pourpres du point de vue présumé du père de la république Dr. Sun Yat Sen.

Cela fait plusieurs fois que des idées de livres, basés sur mes écrits bloguesques et sur ce que je n’avais pas encore écrit, m’apparaissent comme des épiphanies. Une fois, j’avais inventé un plan digne de James Joyce extrêmement ambitieux et, avec le recul, assez faisable pour quelqu’un qui n’aurait pas trop de problème de concentration. Chaque chapitre était construit autour d’une femme, un quartier de la ville, une couleur, un art, etc., ainsi que Joyce l’a fait  pour les chapitres de Ulysses. J’en fis aussitôt la critique.

Un peu plus tard, je songeai à une structure hiératique qui n’aurait consisté qu’en des noms de femmes. Chaque chapitre eût été sous la domination tonale et affective d’une femme, ce qui était fidèle à l’impression laissée en moi par la ville de Nankin. Féminine, sensuelle, intellectuelle, inspirante, nourrissante, douce au contact, Nankin garde dans ma mémoire cette image de femme peu fardée mais qui sait marcher avec élégance.

Or je ne sais pas quelle lecture m’a donné l’envie de faire un autre livre. Soit La Clôture dont je viens de pasticher le début, soit un livre de Lacarrière, soit le dernier Blas de Roblès, soit encore Julien Gracq dont je feuillette inlassablement le tome 2 de ses oeuvres en Pléiade. Je le ressens ainsi, l’une de ces quatre lectures, ou la méditation de l’une de ces lectures, dans le jardin de Tullyquilly, m’a présentée comme une évidence ce nouveau projet.

Nankin étant devenue la capitale de la Chine républicaine, elle regorge de lieux très significatifs pour l’histoire de la Chine. Surtout pour cette période trouble qui s’étend de la chute de l’Empire (1911) à la proclamation de la république populaire (1949). N’oublions pas que c’est parce que Nankin était la capitale du pays (pour la sixième fois de son histoire) que les Japonais se sont livrés à leur fameux massacre, en 1937. D’ailleurs, pour revenir à la notion de féminité, ne dit-on pas en anglais The rape of Nanjing pour désigner ce massacre ?

Quelques lieux fondamentaux de cette période auraient articulé le récit :

Le Palais du Président, où les souvenirs de Sun Yat-Sen sont poignants. Petit bureau charmant, modeste, avec vue sur un mur blanc : métaphore presque trop belle pour être vraie de la véritable puissance qu’avait alors le président. Son action se heurtait à un mur, ainsi que sa perception du pays. Tout lui échappait, et la Chine était en folie pure. Albert Londres le dira, dix ans plus tard, ce pays est si incompréhensible que c’en est hilarant : « aller en Chine, dit-il en substance, c’est comme manger du haschich », car il est impossible de rien comprendre. Tous les régimes cohabitent, la république et son président, mais aussi un empereur, ainsi que des seigneur locaux. Bref c’est l’anarchie, et c’est dans cet affaiblissement de l’unité nationale que les Ouïghours et les Tibétains prennent leur distance avec le pouvoir central. Les Ouïghours déclarent l’indépendance du Turkestan oriental, et les Tibétains ne déclarent rien du tout car ils sont plus ou moins autonomes de toute façon.

C’était un de mes endroits préférés de Nankin. J’y allais souvent. C’est ici, dans les beaux jardins du Palais du Président, que j’ai emmené Mimique et Xu Ning Shu, pour faire des vidéos sur les hommes et les femmes. Et aussi sur l’eau et les pierres.

Le Mémorial Zhongshan Ling, que je n’ai jamais beaucoup aimé, mais qui est un must touristique pour les visiteurs chinois. C’est là que repose Sun Yat-Sen et c’est là qu’on vient se souvenir de lui, tout en haut d’un des sommets des montagnes Pourpres et Or, à l’ouest de la ville.

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Mercredi 5 août 2009
Lisant le joli livre de Catherine Cusset, New York journal d'un cycle, qui entremêle les promenades à vélo et les questions de cycles menstruels, je m'aperçois qu'un journal de Nankin pourrait avoir avoir sa place dans la collection qui accueille ce texte.

Il s'agit de la collection "Traits et Portraits", dirigée par Colette Fellous qui, si je ne m'abuse, produit aussi l'émission "Carnets nomades" sur France Culture.

Une collection qui propose des auteurs d'un incroyable pédigrée. Outre Catherine Cusset, on y trouve jean-Christophe Bailly, Pierre Guyotat, Jean-Marie Le Clézio, Richard Millet, Marie N'Diaye, le fameux Voix off de Denis Podalydès, et j'en passe. Des gens très célèbres et qui se sont déjà fait un nom. "Traits et Portraits" n'est certes pas un lieu de découvertes de nouveaux talents.

Bah, Nankin en douce n'est qu'un blog et le restera sans doute. Mais les rêveries passagères qui consistent à l'imaginer renaître sous forme de livre ne sont pas inutiles. Elles permettent de s'y rendre de temps en temps, de corriger des pages, de réécrire des passages, d'opérer des brins de toilette.

Et puis, je m'aperçois que dans la masse de livres publiés chaque année sur la Chine, il n'y a pas de récit un peu intimes et un peu réflexifs sur une ville de province. Les livres qui nous sont proposés sont généralement des essais, des guides, des reportages, et sont le fait de brillants personnages basés à Pékin ou Shanghai, et qui font des incursions dans le pays. Ceux qui ont vécu dans le pays, loin des côtes et du pouvoir, restent souvent muets.
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Lundi 26 juin 2006

Voilà, comme annoncé, le dernier article de Nankin en douce.

Nankin en douce, c’était le désir de donner « en douce », à la dérobée, une image de la douceur de vivre. Je vais attendre de voir ce que Shanghai va m’inspirer. Si Shanghai m’inspire.

Je vous remercie d'avoir lu et, parfois, commenté ce blog. Je vais continuer à lire ceux qui écrivent en ligne, et vous souhaite une bonne route.

 

Par Guillaume - Publié dans : Blog
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Dimanche 25 juin 2006
C’est alors que j’eus une idée de génie : plutôt que d’acheter des cadeaux pour ma famille et mes amis, et de déménager mes affaires à Shanghai, je vais transformer mes affaires en cadeaux pour mes proches. Je ferai d'une pierre deux coups : moins de courses à faire et un déménagement plus léger à effectuer. (Ce n'est pas de l'avarice, je le jure. Si quelqu'un d'autre s'était proposé de faire les achats de cadeaux, je lui aurait donné tout l'argent du monde.)

De beaux objets qu’on m’a offerts depuis deux ans, ou que j’ai achetés. Ils ont décoré ma vie, ils m’ont accompagné, ils vont faire peau neuve. Ils sont déjà chargés d’histoire, je leur propose une nouvelle vie.

Je poserai tout sur la table centrale des maisons où j'irai, et chacun choisira. Certains seront fâchés de ne pas avoir de cadeaux spécialement achetés pour eux. D'autres ne prendront aucun cadeau. D'autres en prendront plusieurs. A la fin de mon voyage en France, je serai délesté de tout et prêt à retourner en Chine.

 

Par Guillaume - Publié dans : Sagesse et argent
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Dimanche 25 juin 2006

Ce blog démarra un beau jour de juin 2005. Il s’arrêtera exactement le même jour de l’année 2006. Soit le 26 juin prochain.

Un an d’écriture quasi quotidienne (comme je suis scrupuleux, je tiens à ce qu’il y ait autant d’articles mis en ligne que de jours dans l’année.)

Après cette date, je serai en France pour quelques semaines. Après les vacances, je ne vivrai plus à Nankin. Je serai à Shanghai, en voyage dans une ville immense. Le voyage tranquille dont je parlais dans ce blog l’été dernier.

Les commentaires et les commentateurs ont été très intéressants. Drôles, pertinents, polémiques, rêveurs, je ressens une certaine fierté de les avoir suscités. Que tous ceux qui s’y sont collés se trouvent ici remerciés.

Par Guillaume - Publié dans : Blog
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