Lundi 26 juin 2006

Voilà, comme annoncé, le dernier article de Nankin en douce. Il me reste à vous remercier d’avoir lu autant, malgré l’austérité visuelle de ce blog.

Nankin en douce va continuer, mais par le milieu. Je vais rajouter des choses que je n’ai pas eu le temps d’écrire et les mettrai en ligne aux dates qui m’arrangent, entre le 26 juin 2005 et le 26 juin 2006.

Sans doute ferai-je un blog à Shanghai, mais pas tout de suite. Je ne commencerai à écrire que lorsque je serai imprégné de mon nouveau lieu de vie, pour éviter de raconter les lieux communs dans lesquels je tombe inévitablement quand je reste quelque part trop peu de temps.

Nankin en douce, c’était le désir de donner « en douce », à la dérobée, une image de douceur de vivre. Je vais attendre de voir ce que Shanghai va m’inspirer. Si Shanghai m’inspire.

Je vous remercie encore une fois, vais continuer à lire ceux qui écrivent en ligne, et vous souhaite une bonne route.

par Guillaume publié dans : nankinendouce
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Dimanche 25 juin 2006
C’est alors que j’eus une idée de génie : plutôt que d’acheter des cadeaux pour ma famille et mes amis, et de déménager mes affaires à Shanghai, je vais transformer mes affaires en cadeaux pour mes proches. Je ferai d'une pierre deux coups : moins de courses à faire et un déménagement plus léger à effectuer. (Ce n'est pas de l'avarice, je le jure. Si quelqu'un d'autre s'était proposé de faire les achats de cadeaux, je lui aurait donné tout l'argent du monde.)

De beaux objets qu’on m’a offerts depuis deux ans, ou que j’ai achetés. Ils ont décoré ma vie, ils m’ont accompagné, ils vont faire peau neuve. Ils sont déjà chargés d’histoire, je leur propose une nouvelle vie.

Je poserai tout sur la table centrale des maisons où j'irai, et chacun choisira. Certains seront fâchés de ne pas avoir de cadeaux spécialement achetés pour eux. D'autres ne prendront aucun cadeau. D'autres en prendront plusieurs. A la fin de mon voyage en France, je serai délesté de tout et prêt à retourner en Chine.


par Guillaume publié dans : nankinendouce
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Dimanche 25 juin 2006

Ce blog démarra un beau jour de juin 2005. Il s’arrêtera exactement le même jour de l’année 2006. Soit le 26 juin prochain.

Un an d’écriture quasi quotidienne (comme je suis scrupuleux, je tiens à ce qu’il y ait autant d’articles mis en ligne que de jours dans l’année.)

Après cette date, je serai en France pour quelques semaines. Après les vacances, je ne vivrai plus à Nankin. Je serai à Shanghai, en voyage dans une ville immense. Le voyage tranquille dont je parlais dans ce blog l’été dernier.

Les commentaires et les commentateurs ont été très intéressants. Drôles, pertinents, polémiques, rêveurs, je ressens une certaine fierté de les avoir suscités. Que tous ceux qui s’y sont collés se trouvent ici remerciés.

par Guillaume publié dans : nankinendouce
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Samedi 24 juin 2006

Au lac, les cris qui percent le silence ont l’air naturel, animal. Ce ne sont pas des hommes qui imitent des animaux, mais, comme dans d’autres activités chinoises, l’homme qui laisse l’animalité prendre possession d’une partie de son corps. Le Philosophe dirait qu’un devenir animal s’investit dans la voix des nageurs.

Mais les animaux, c’est une question que je me pose, crient-ils par plaisir ? Sans doute. Pourtant, les hurlements du lac sont humains.

Les animaux crient-ils quand ils copulent ? Sauf erreur, non. Ils baisent en silence et rapidement. Quand les femmes crient, dans votre lit, ce n’est donc pas animal, ça doit être étudié, le fruit d’une vieille pratique. Il faudrait voir si Confucius n’a pas recommandé quelque chose à ce propos.

par Guillaume publié dans : nankinendouce
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Samedi 24 juin 2006

Normalement, il est interdit d’acheter des euros avec des yuans. Les devises entrent, mais ne sortent pas, ne me demandez pas pourquoi. Je suis comme vous, ça me paraît incroyable dans un contexte de libéralisation mondiale des échanges. 

Malgré cette interdiction, on m’a parlé d’un marché noir, alors je vais à la Bank of China. Souvent, c’est au centre du pouvoir que les truands sont le plus confortables pour faire des affaires. Un homme me voit entrer et me dit « rhello ». Il s’approche, il porte une sacoche de mec viril et un gros collier en or. Il transpire le bandit de tout son être. Moi, si j’étais mafieux, il me semble que j’essaierais de ressembler à un prof de français. D’un autre côté, quand j’étais à l’école, je pensais qu’un prof ferait mieux de ressembler à tout autre chose qu’à un prof.

Je lui dis que je veux acheter pour dix mille yuans d’euros. Je ne sais plus comment on dit euro, alors je dis « argent de France et d’Allemagne ». C’est possible, dit-il. Il sort sa calculatrice et me montre combien il peut me donner d’euros. Comme je n’ai pas regardé l’actualité des taux de change, j’acquiesce en sachant qu’il y a une probabilité pour que je me fasse entuber. De toute façon, je n’ai pas le choix et cet homme n’a pas l’air de donner prise au marchandage.

Il me fait signe de m’asseoir, va chercher un ticket et passe devant tout le monde à un des guichets, en me faisant signe de le rejoindre. A la banque, il faut le savoir, les mafieux sont chez eux, ils ont tous les droits, situation qu’ils paient par une petite descente de police de temps en temps. Au guichet, je donne mon argent à l’employée, qui le compte et le place sur le compte de mon mafieux, tandis que le mafieux retire de son compte personnel la somme en euros qu’il m’a indiqué sur la calculette. En effet, si on pose des devises sur son compte, on peut les retirer telles quelles. L’opération est donc d’une simplicité enfantine. Pendant que l’argent circulait, je regardais le poing du mafieux. Une cicatrice le rendait effrayant. Il avait dû en donner des coups, ce petit teigneux. Je regardais la rose rouge tatouée sur son avant-bras, une belle rose piquante et menaçante. Sans doute un symbole d’appartenance clanique. Certainement que je n’avais pas envie de boire un verre avec lui. Il ne me le proposa pas. Il me donna mon flouze, et nous nous saluâmes en bons termes.

Le lendemain, j’appris que la commission que j’ai laissée au mafieux était plus qu’avantageuse pour moi, qu’une banque aurait pris beaucoup plus, si l’opération était seulement autorisée. 

par Guillaume publié dans : nankinendouce
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