L’autre matin, mon Mexicain m’aborde sur le campus. Il a l’air de traîner et je sens qu’il a quelque chose à me dire. Auparavant, Lumière de l’Aube m’avertit que le Mexicain est devenu indésirable à l’université mais il n’a pas le temps de m’expliquer pourquoi.
Alors mon voisin me colle aux basques et me suit jusqu’à la salle de repos où je bois mon café. Il m’annonce qu’il est accusé de viol.
Une étudiante l’aurait abordé, l’aurait dragué, l’aurait saoulé de messages téléphoniques énamourés, l’aurait suivi chez lui, se serait déshabillée sans qu’il ait un mot à dire.
Quelques jours plus tard, comme le Mexicain aurait refusé de continuer la relation amoureuse, elle aurait pris la mouche et se serait vengée en l’accusant de violences.
Elle prétend qu’il l’a enfermée chez lui, lui a attaché les mains, qu’il aurait mis la télé à fond et qu’il l’aurait violée en souriant. Dans son témoignage à la police, elle précise qu’elle aurait crié très fort, mais que ça n’aurait pas eu d’effets sur le Mexicain.
Je l’écoute et je me sens refroidir en dedans. Je doute qu’il ait fait cela, en vérité, et même je doute que cette histoire de plainte soit vraie. Tout ça semble bizarre, incohérent, la police lui aurait interdit de contacter l’ambassade de son pays, mais le laisserait quand même libre de ses mouvements. Cette histoire se complique de problèmes d’inimitiés au sein du département d’espagnol. Je passe les détails. C’est simplement une histoire dont la narration de toutes les ramifications formeraient la trame d’un roman de Philip Roth.
Je l’écoute et je me dis : « Que dire à la police ? » Je l’interromps et je lui parle de la police. Elle va vouloir interroger le voisin du suspect, automatiquement. Alors que dire ? Que j’ai entendu une femme jouir, mais certainement pas une femme qui souffrait ? Comment distinguer un cri de plaisir et un cri de douleur ? Le seul élément à charge est que la femme ne disait que « Ah ! », elle n’articulait jamais de message de détresse, aucun « non », « arrête » ou « laisse-moi ». Aucun cri. Pourtant, c’était des cris. Vais-je tenter d’expliquer à la police, et dans quelle langue, grands dieux, la théorie des cris proprement chinois, mi-animaux mi-humains, les cris qui ne s’adressent pas aux oreilles ? Mais je n’ai même pas terminé de la mettre au point cette théorie. J’aurais besoin d’entendre la femme encore une fois. C’est un coup à devenir suspect à mon tour. Alors que dire ?
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