Présentation

Mercredi 21 juin 2006
J’ai commencé ce blog lorsque je déménageais de la rue Shanghai à l’université de Nankin. Je termine ce blog en déménageant de l’université de Nankin à Shanghai soi-même.

Les déménagements me stressent, c’est une chose naturelle, mais ils font plus que cela, ils me dépriment, ils me mettent au désespoir. Mes affaires sont toutes remuées, mes propriétés sont bouleversées, c’est ma vie qui est sens dessus dessous. Je n’ai plus de repère, je me trouve dans une tourmente intérieure dans laquelle je tiens à peine debout. Je passe alors mon temps à penser à autre chose, à bricoler, à écrire des articles qui n’ont rien à voir, à me divertir, alors qu’il est l’heure de faire preuve d’initiative et d’organisation. Je suis prêt à tout laisser tomber, à tout abandonner. Je voudrais partir à l’île de Pâques et revenir quand tout sera fini.

Cependant, je passe mon temps à déménager. C’est une chose qu’il faudra dire à mon docteur quand j’irai me faire soigner l’âme, je m’arrange toujours pour faire ce qui me fait horreur. Depuis que j’ai quitté le foyer de mes parents, je ne suis pas resté plus d’un an ou deux dans mes appartements et autres chambres d’hôtel.

Je fais contre mauvaise fortune bon cœur. C’est avec joie que je me dessaisis des choses qui m’encombrent. Je laisse mon entourage venir chez moi et se servir. A chaque déménagement, je fais peau neuve, je maigris, je m’allège. Je m’entraîne à ce qui constitue la vertu principale du sage précaire, « cette frugalité qui rend la vie plus fine et plus légère que cendre. » (N. Bouvier) Voilà ce qu’il faudra dire à mon docteur, à condition qu’il soit à demi nomade lui-aussi.

Par Guillaume - Publié dans : Sagesse et argent
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Mardi 20 juin 2006
Aujourd’hui que je suis en France, je tiens à revenir sur la polémique de l’été dernier, au début du blog, concernant les femmes chinoises. Je rappelle que mon texte (Femmes blanches) parlait d’une situation qui n'avait un sens que parce qu'elle était en Chine. Ici, en France, je suis charmé tous les jours par les femmes que je vois dans les rues, sur les terrasses de café, dans les supermarchés, dans les stations services. Si j’étais étranger, je le dis tout de suite, je rêverais de m’installer quelques temps en France. Quelle culture, me dirais-je, quelle civilisation bizarre, et quelles femmes, nom de nom ! Nulle part ailleurs on ne voit une telle classe, un tel charme discret, inconscient de sa beauté.

Le matin, quand je descends de la montagne, (si je descends), et que je prends un café au Vigan, je jubile intérieurement. Voilà le paradis, me dis-je, ce sont ces gens qui profitent d’une mauvaise image à l’étranger pour se délecter au soleil. Ce sont ces femmes qui font des courses sans savoir que leurs gestes de la main me rendent fou d’amour pendant cinq à sept minutes.

Un jour, je poserai mes affaires ici quelques mois, et je ferai un blog intitulé Cévennes.

Par Guillaume - Publié dans : Blog
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Lundi 19 juin 2006
Ce blog est une tentative immodeste de recherche biblique, rien de moins.

Faire des paradis, c’est certainement une des tâches de l’écrivain postmoderne (et je ne parle pas particulièrement de Philippe Sollers, que je n’aime pas beaucoup.) Ce n’est pas une fuite devant la réalité, ce n’est pas un refus de l’engagement et un refus de la politique, car il s’agit d’expériences très concrètes. Le paradis est un lieu qui provoque chez vous une joie pleine, une jubilation de bébé, un émerveillement qui donne envie de crier, comme au bord du lac des nuages pourpres.

On peut trouver facilement des métaphores d’une vie paradisiaque : souvent il faut de l’eau, une femme, de la nourriture abondante. Etre sur une falaise avec une amoureuse avant qu’elle n’exige de la communication dans le couple (le moment de la communication, c’est le purgatoire, l’enfer commence quand les femmes demandent qu’on les écoute.) Ecouter du reggae dans une voiture qu’on vous prête sur les routes des Cévennes. Se réveiller au milieu des montagnes et attendre qu’on vienne vous chercher.

J’ai voulu faire de Nankin un portrait paradisiaque, selon ma conception du paradis. Une géographie minutieuse et tortueuse, un lac, une rivière et une montagne, des femmes, quelques amis, des festins invraisemblables, des jardins, une langue musicale et cruelle, une forme d’art inexplicable.

Par Guillaume - Publié dans : Blog
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Dimanche 18 juin 2006
Plus que les merveilles, le voyageur cherche le paradis sur terre. C’est la raison pour laquelle je ne serai jamais loin des chrétiens et jamais trop proche de ceux qui ne sont pas judéo-chrétiens. Avoir imaginé un paradis, sur terre, l’avoir narré, l’avoir décrit, avoir fondé une mythologie sur cette réalité archaïque, ça me parle incomparablement plus que toutes les autres mythologies, qu’elles soient chinoises ou européennes. J’ai même du mal à me représenter une civilisation qui ne soit pas bercée par des histoires de bonheur sans taches et préalable à toute histoire. Car c’est ainsi que je me représente mon enfance, une vie d’émerveillement sans culpabilité. Le paradis, ce n’est rien d’autre que l’expression d’un désir profond de joie. Le voyageur trouve curieux que les autres civilisations n’aient pas de paradis : est-ce qu’ils n’ont pas ce désir de bonheur innocent, lumineux, sans frein ?

Le voyageur recherche des paradis, des petits bouts d’enchantements édéniques. C’est peut-être là ce qui distingue les écrivains voyageurs et les autres. Le livre type, typique de cette recherche littéraire est Le pays où l’on n’arrive jamais d’André Dhôtel. Un voyage d’enfants à travers le nord de la France, les Flandres, la Hollande, des paysages de canaux, de forêts, une recherche de parents perdus et, tout le long, en contrepoint de la narration, un pays impossible, paradoxal, halluciné, qu’il faut retrouver. Une contrée dont le paysage fait cohabiter des arbres du nord et des plantes exotiques : le paradis, où l’on n’arrive jamais, mais qui baigne l’ensemble du roman de manière subtile et réaliste. Le lecteur reste longtemps dans un état suspendu, il ne sait quoi penser, il est enchanté. Sans être croyant, il est touché par un récit profondément biblique.

Par Guillaume - Publié dans : Idées
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Vendredi 16 juin 2006

L’autre matin, mon Mexicain m’aborde sur le campus. Il a l’air de traîner et je sens qu’il a quelque chose à me dire. Auparavant, Lumière de l’Aube m’avertit que le Mexicain est devenu indésirable à l’université mais il n’a pas le temps de m’expliquer pourquoi.

Alors mon voisin me colle aux basques et me suit jusqu’à la salle de repos où je bois mon café. Il m’annonce qu’il est accusé de viol.

Une étudiante l’aurait abordé, l’aurait dragué, l’aurait saoulé de messages téléphoniques énamourés, l’aurait suivi chez lui, se serait déshabillée sans qu’il ait un mot à dire.

Quelques jours plus tard, comme le Mexicain aurait refusé de continuer la relation amoureuse, elle aurait pris la mouche et se serait vengée en l’accusant de violences.

Elle prétend qu’il l’a enfermée chez lui, lui a attaché les mains, qu’il aurait mis la télé à fond et qu’il l’aurait violée en souriant. Dans son témoignage à la police, elle précise qu’elle aurait crié très fort, mais que ça n’aurait pas eu d’effets sur le Mexicain.

Je l’écoute et je me sens refroidir en dedans. Je doute qu’il ait fait cela, en vérité, et même je doute que cette histoire de plainte soit vraie. Tout ça semble bizarre, incohérent, la police lui aurait interdit de contacter l’ambassade de son pays, mais le laisserait quand même libre de ses mouvements. Cette histoire se complique de problèmes d’inimitiés au sein du département d’espagnol. Je passe les détails. C’est simplement une histoire dont la narration de toutes les ramifications formeraient la trame d’un roman de Philip Roth.

Je l’écoute et je me dis : « Que dire à la police ? » Je l’interromps et je lui parle de la police. Elle va vouloir interroger le voisin du suspect, automatiquement. Alors que dire ? Que j’ai entendu une femme jouir, mais certainement pas une femme qui souffrait ? Comment distinguer un cri de plaisir et un cri de douleur ? Le seul élément à charge est que la femme ne disait que « Ah ! », elle n’articulait jamais de message de détresse, aucun « non », « arrête » ou « laisse-moi ». Aucun cri. Pourtant, c’était des cris. Vais-je tenter d’expliquer à la police, et dans quelle langue, grands dieux, la théorie des cris proprement chinois, mi-animaux mi-humains, les cris qui ne s’adressent pas aux oreilles ? Mais je n’ai même pas terminé de la mettre au point cette théorie. J’aurais besoin d’entendre la femme encore une fois. C’est un coup à devenir suspect à mon tour. Alors que dire ?

 

Par Guillaume - Publié dans : Sexe / Amour
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