Si le philosophe dit que voyager c’est penser, moi je dirais que voyager, c’est presque nécessairement inventer des histoires. Ecrire un récit de voyage, ce n’est pas faire du journalisme, ce n’est pas rendre compte d’une réalité objective, c’est inventer un monde merveilleux en donnant des détails précis de géomètre. Ainsi Marco Polo donne des détails pour aider les futurs commerçants à faire leur chemin en Chine, mais ne peut s’empêcher de laisser son esprit inventer. Ainsi le premier livre de Jean Rolin, Journal de Gand aux Aléoutiennes, qui, presque involontairement nous raconte d’invraisemblables histoires d’animaux et de nègres. C’est dans le voyage que ses histoires ont surgi car, dans le voyage, il y a tellement de choses qu’on ne comprend pas que, pour combler les trous, on invente.
Cela nous ramène à l’essence, si ce n’est à l’origine, de la fiction. Je me souviens que dans un traité de jeunesse, Spinoza a écrit : « L’esprit humain est d’autant plus capable de fiction qu’il perçoit plus de choses et qu’il les comprend moins. » Il ajoute, avec le plus grand sérieux : « Dieu, qui comprend tout, est incapable de fiction. » Heureux profs de philosophie, qui baigner dans ce genre de trucs.
Il n’y a pas que le voyageur qui comprend peu ce qui l’entoure. Moi-même, quand je vivais en France, mes amis disaient des choses que je leur demandais de répéter. Même mes amis, dans ma langue et à propos de gens que je connaissais, je les percevais et je ne les comprenais pas. Mais, clairement, être en Chine aide à comprendre encore moins de choses et fait de vous une usine de fiction.
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