Quand on pense à la culture chinoise, on imagine souvent un espace plein de silence. On se souvient de phrases lues chez les taoïstes, le Lao Zi ou le Zhuang Zi, du genre : « Celui qui parle ne sait pas. Celui qui sait ne parle pas. » On voit des images de paysages sublimes, où le vide prend une place hégémonique. On pense aux jardins, aux lieux de méditation, mais il me semble qu’on ne s’est jamais penchés sur les cris.
On parle en revanche du bruit, omniprésent dans les rues et les lieux publics. Le bruit, en effet, est une partie intégrante de la culture populaire, ici comme dans toute l’Asie. Non seulement les klaxons des véhicules, mais aussi ce que Michaux souligne justement, « le bruit des pétards et des détonations. »
Bien. Mais les cris ? Qui s’occupe des cris, qui les écoute et les écrit ? Le cri, personne n’en parle, pas même les Chinois. Pourtant, le voyageur en entend de singuliers et d’étranges. Les nageurs crient autour du lac, les chanteurs crient à l’opéra, les femmes crient quand elles font l’amour.
J’ai eu récemment l’impression qu’il existait une catégorie de cris typiquement chinois. Il s’agit autant des cris eux-mêmes, d’ailleurs, que d’un certain rapport au cri, qui est peut-être vu comme un processus corporel en vue du bien être.
Quand je déciderai d’écrire sur la question, si la chose n’est pas encore faite, il faudra mettre de côté ce qui n’est pas « cri », comme les engueulades, les paroles dites à voix très hautes, les voix haut perchées des joueurs de jeux vidéo qui, dans les cybercafés, vous percent les tympans. Ce que je nommerai les « cris chinois » ne vous agressent pas l’oreille, et ne vous la flattent pas non plus. Les cris chinois ne sont pas faits pour être entendus, c’est peut-être la clé de toute l’affaire.

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