Quitter Nankin
Sait-on jamais pourquoi et quand exactement on part d’un lieu ? J’aurais pu rester dix ans à Nankin, y faire ma vie, m’y marier, y mourir (je peux toujours y mourir, remarquez bien.)
La nuit de la finale de la Ligue des Champions, opposant Arsenal et Barcelone, je pris la décision finale et irrévocable de quitter Nankin, quoi qu’il arrive.
Cette nuit, je sortis du bar, où j’avais assisté à la défaite du club d’Arsène Wenger, et je fus à peine surpris de ne pas voir mon vélo. Pourquoi ne me l’aurait-on pas volé, c’est naturel, c’était le plus beau de la ville ! Il était cinq heures du matin, trop tard pour me coucher puisque je devais prendre le bus à sept heures pour me rendre au travail.
C’est en expliquant mes déboires à mes étudiants que je m’aperçus de l’aspect « signe du destin » de la situation. La même nuit, l’équipe que je supporte perd la ligue des champions et le vélo qui me supporte disparaît. Ca ne s’arrête pas là. Il y a à peine un mois, l’équipe que je supporte encore davantage qu’Arsenal, c’est-à-dire l’Olympique lyonnais, perd en quart de finale de la igue des champions, et on me vole mon vélo quelques jours plus tôt ou plus tard. On ne m’avait pas volé de vélo pendant un an, et soudain, à quelques semaines d’écart, on m’en vole deux. A cela s’ajoute le fait que je ne suis plus amoureux d’aucune nankinoise, et que j’ai déjà écrit l’essentiel de mon roman sur Nankin.
Je sais ce que vous pensez. Vous vous dites que ces deux dernières raisons sont les seules valables, et sont les seules réelles. Le voyageur s’en va quand il a fini un projet littéraire, et/ou quand il a terminé ses aventures amoureuses, non quand une douzaine d’incapables ont été infoutus de tenir un résultat pendant cinq minutes. Vous n’avez peut-être pas tort mais c’est le Voleur de bicyclette (tiens, cela ferait un beau titre de roman, ça) qui a été déterminant dans mon choix de quitter Nankin.
C’est, depuis cette nuit funeste, une certitude : à mon retour de France, au mois d’août, soit je vais vivre à Shanghai, soit je pars me promener dans le monde chinois pendant un an.
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