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Vendredi 28 octobre 2005 5 28 /10 /Oct /2005 00:00

Je n’ai jamais su m’adapter aux genres littéraires. Dans mon esprit, depuis que j’aime lire, il y a les livres qui me touchent et les autres. Il y a quelques années, un ami m’a fait la remarque que Jean Rolin n’écrivait pas de roman, que c’était peut-être la raison pour laquelle il n’était pas aussi connu qu’il le méritait. Cela ne m’avait jamais traversé l’esprit. C’est vrai que ce n’était pas des romans, mais qu’était-ce donc, alors ? Ce sont de bons livres, voilà tout. C’est vague mais je ne vois rien de plus précis.

Alors on me dit : « Ah ! Dhôtel ? Alors, tu aimes la littérature régionaliste. » Moi ? Jamais de la vie, quelle horreur !

« Beckett ? Bof, je n’aime pas la littérature de l’absurde. » Mais moi non plus. Je ne savais pas que Beckett pouvait être rangé de manière si stupide.

« Zola ? Mais le naturalisme bla bla bla. » Le naturalisme, connais pas. Moi, je connais un livre, celui que j’ai dans les mains, puis un autre, et un autre. Je n’ai jamais rien lu de naturaliste, ou de réaliste, ou de romantique.

« Tu écris sur Dublin, sur Nankin ? Alors c’est de la littérature de voyage. Tu aimes les écrivains voyageurs, je suppose ? » Je n’en sais rien, donnez-moi des noms. Je ne vois pas de différence fondamentale entre le fait d’écrire depuis un faubourg des Ardennes ou depuis les montagnes de l’Himalaya.

Il me suffit d’entendre une opinion comme celle qui prétend qu’un écrivain voyageur apporte quelque chose de neuf, de frais ou d’aventureux à la littérature, par opposition à ceux qui restent chez eux, et qu’on peut désigner d’ « écrivains de salon », ou d’ « écrivains sédentaires », pour que je m’enfuie en courant. La qualité de Poisson scorpion ne vient de ce que Nicolas Bouvier ait voyagé en Asie, mais de la force d’évocation qu’il a su atteindre dans ses phrases, des années plus tard, enfermé dans une chambre.

Inversement, j’ai parfois entendu dire : « Un livre sur la Liffey ? Non, je ne m’intéresse pas à l’Irlande. » Or, je n’avais pas écrit cela pour ceux qui s’intéressent à l’Irlande. A mes yeux, c’était destiné à n’importe qui. Les éditions Verdier, quand ils ont rejeté mon manuscrit, m’ont écrit cette phrase étrange : « Le début de votre texte a attiré notre attention, mais l’ensemble est un chant à Dublin qui ne peut intéresser qu’un infime lectorat français. » Un chant à Dublin ? Quelle belle expression ! Je croyais naïvement que beaucoup de Français aimeraient entendre un chant à Dublin. Décidément, je dois vraiment être à côté de la plaque.

 

 

Par Guillaume - Publié dans : Idées
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