Jeudi 22 juin 2006
Au moment où le blog s’éteint, il est bon de parler de l’extinction de son auteur aussi. Parfois, les commentaires m’ont donné envie de dire : « Cessez de vous adresser à moi comme si j’étais l’auteur de ces lignes. Cessez de penser que vous savez qui est l’auteur et cessez de vous intéresser à l’auteur. Prenez ces lignes pour ce qu’elles sont : des textes. » Souvent, je me suis fait la réflexion que les gens oublient de lire le texte et passent directement à un jugement, parfois d’ordre moral, qui se fait sur le mode de la conversation.

« La mort de l’auteur », c’est une des intuitions très fortes de Roland Barthes. C’est justement en tant qu’auteur (auteur d’un blog, auteur de cours, auteur de conférences et de textes en tous genres) que je m’intéresse à cette théorie, qui n’en est pas vraiment une. La mort de l’auteur, c’est davantage un programme qu’une prédiction. Le programme d’une pratique de la littérature où le lecteur est aussi actif et créatif que l’auteur. Une vision de l’art où l’on entre dans un rapport intime avec un texte sans se préoccuper de l’auteur car ce qui compte, c’est la rencontre et la production qu’elle génère. C’est une formule à l’emporte-pièce, le genre de formules à la mode dans les années soixante (à la suite de la « mort de Dieu » prophétisée par Nietzsche, Foucault avait lancé l’idée de la « mort de l’homme », etc.) mais qui touche quelque chose de vrai : quand on écrit, c’est en tant que lecteur qu’on le fait, et on n’est pas vraiment maître de ce qui se passe. On n’est pas non plus propriétaire.

En tout cas, chaque fois que j’entends ou lis des commentaires qui expriment leur accord ou leur désaccord avec moi, je pense : il n’y a pas lieu d’être en accord ou en désaccord avec moi car je n’ai rien à voir avec ce qui est écrit.

par Guillaume publié dans : nankinendouce
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Commentaires

Je suis bien d'accord avec toi
commentaire n° : 1 posté par : jean le: 23/06/2006 16:21:41

Oui , quand on écrit un peu sérieusement on se rend compte véritablement de la vérité de l'injonction rimbaldienne : "Je est un autre".


Mais c'est devenu un lieu commun que de dire ça et tous ceux qui se sont plus ou moins lancés dans l'aventure de l'écriture (chez soi ou en voyage pourront le confirmer...). Il y'a quand même un réel plaisir à chaque fois lorsque avec le recul on se dit  "c'est moi qui ait écrit ça, c'est fou non ?".  J'avoue ne pas voir trop de différence entre le Guillaume réel et virtuel (celui qui blogue) mais c'est sans doute des effets  de ma nostalgie nankinoise ou des troubles de mon souvenir qui font ça. Bon blog cévennol ou de Shangai quand même.

commentaire n° : 2 posté par : François le: 24/06/2006 15:11:35
Si l'auteur de ce blog est mort, il faut écrire son Tombeau, comme les morceaux que composaient Forqueray et Couperin pour leurs amis défunts, ou les poetes des Tang sur la tombe de Li Po, celui qui s'était noyé dans le Yang tse en essayant d'attraper le reflet de la Lune dans l'eau. Pour toi, si tu permets, on pourrait dire que tu t'es noyé en essayant de dissiper ton reflet dans le miroir de l'eau du lac des nuages de pourpre et d'or (ou de n'importe quelle autre couleur à ta convenance) afin de "devenir imperceptible", comme disait le Philosophe.
commentaire n° : 3 posté par : Ben le: 26/06/2006 22:21:14

Merci Ben pour ce superbe Tombeau, qui me touche d\\\'autant plus qu\\\'il empoigne en un revers de main les figures sublimes de Li Bai et de Deleuze (car c\\\'est lui "le Philosophe", et non pas Aristote affublé de ce surnom dans la tradition médiévale, je le dis aux non-initiés). Tu as raison, j\\\'aurais sans doute dû terminer sur le lac des nuages pourpres. C\\\'est ce que je ferais si j\\\'écrivais un roman. Ton idée est à creuser, j\\\'y réfléchirai.


 Pour répondre à François, mon propos n\\\'est pas de dire que je est un autre. L\\\'auteur est mort, pour moi, ça signifie que l\\\'auteur n\\\'est pas propriétaire de son texte. C\\\'est lui qui écrit, mais ce qu\\\'il écrit le dépasse, il ne maîtrise pas son texte et, surtout, le sens de son texte ne lui appartient pas. Les mots retrouvent leur prolifération de significations et c\\\'est au lecteur, alors, d\\\'avoir du talent. Même Sartre va dans cette direction, lorsqu\\\'il parle de littérature, au moment même où il fait la théorie de la littéature engagée.


 

commentaire n° : 4 posté par : Guillaume le: 28/06/2006 09:52:08
Le problème avec cette pensée - avec laquelle je suis complètement en phase - c'est que rares sont les gens qui l'appliquent réellement. Rares sont les gens qui ne tentent pas de discréditer un individu en rapport avec ses textes, ou qui tentent de créditer des textes en rapport avec un individu.

À la longue, on se sent seul de dialoguer avec des textes. Mais, en même temps, n'est-ce pas le meilleur moyen de "surfer" avec la connaissance et de se permettre de l'explorer sans préjugé?
commentaire n° : 5 posté par : Simon Dor (site web) le: 04/12/2007 16:29:00

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