« La mort de l’auteur », c’est une des intuitions très fortes de Roland Barthes. C’est justement en tant qu’auteur (auteur d’un blog, auteur de cours, auteur de conférences et de textes en tous genres) que je m’intéresse à cette théorie, qui n’en est pas vraiment une. La mort de l’auteur, c’est davantage un programme qu’une prédiction. Le programme d’une pratique de la littérature où le lecteur est aussi actif et créatif que l’auteur. Une vision de l’art où l’on entre dans un rapport intime avec un texte sans se préoccuper de l’auteur car ce qui compte, c’est la rencontre et la production qu’elle génère. C’est une formule à l’emporte-pièce, le genre de formules à la mode dans les années soixante (à la suite de la « mort de Dieu » prophétisée par Nietzsche, Foucault avait lancé l’idée de la « mort de l’homme », etc.) mais qui touche quelque chose de vrai : quand on écrit, c’est en tant que lecteur qu’on le fait, et on n’est pas vraiment maître de ce qui se passe. On n’est pas non plus propriétaire.
En tout cas, chaque fois que j’entends ou lis des commentaires qui expriment leur accord ou leur désaccord avec moi, je pense : il n’y a pas lieu d’être en accord ou en désaccord avec moi car je n’ai rien à voir avec ce qui est écrit.
Oui , quand on écrit un peu sérieusement on se rend compte véritablement de la vérité de l'injonction rimbaldienne : "Je est un autre".
Mais c'est devenu un lieu commun que de dire ça et tous ceux qui se sont plus ou moins lancés dans l'aventure de l'écriture (chez soi ou en voyage pourront le confirmer...). Il y'a quand même un réel plaisir à chaque fois lorsque avec le recul on se dit "c'est moi qui ait écrit ça, c'est fou non ?". J'avoue ne pas voir trop de différence entre le Guillaume réel et virtuel (celui qui blogue) mais c'est sans doute des effets de ma nostalgie nankinoise ou des troubles de mon souvenir qui font ça. Bon blog cévennol ou de Shangai quand même.
Merci Ben pour ce superbe Tombeau, qui me touche d\\\'autant plus qu\\\'il empoigne en un revers de main les figures sublimes de Li Bai et de Deleuze (car c\\\'est lui "le Philosophe", et non pas Aristote affublé de ce surnom dans la tradition médiévale, je le dis aux non-initiés). Tu as raison, j\\\'aurais sans doute dû terminer sur le lac des nuages pourpres. C\\\'est ce que je ferais si j\\\'écrivais un roman. Ton idée est à creuser, j\\\'y réfléchirai.
Pour répondre à François, mon propos n\\\'est pas de dire que je est un autre. L\\\'auteur est mort, pour moi, ça signifie que l\\\'auteur n\\\'est pas propriétaire de son texte. C\\\'est lui qui écrit, mais ce qu\\\'il écrit le dépasse, il ne maîtrise pas son texte et, surtout, le sens de son texte ne lui appartient pas. Les mots retrouvent leur prolifération de significations et c\\\'est au lecteur, alors, d\\\'avoir du talent. Même Sartre va dans cette direction, lorsqu\\\'il parle de littérature, au moment même où il fait la théorie de la littéature engagée.
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