Les gens qui parlent plusieurs langues, ça impressionne, vous avez remarqué ? Vous entendez quelqu’un passer de l’anglais au russe, du russe à l’espagnol, et vous vous pâmez. La phrase qui m’étonne le plus dans ces moments-là, c’est : « Comme il est intelligent ! » C’est là un malentendu dont j’ai du mal à évaluer la bêtise, à repérer les origines et à prévoir les conséquences. Pourquoi associer l’intelligence aux langues étrangères ? Si quelqu’un ne dit rien d’intelligent dans sa langue natale, pourquoi supposer qu’il est intelligent sous prétexte qu’il dit les mêmes inepties dans d’autres langues ?
Sigismond, de ce point de vue, fait preuve d’une plus grande lucidité que le commun des mortels. Il m’a dit un jour qu’il apprenait des langues étrangères pour occulter le fait qu’il avait des difficultés de communication en français. Il multiplie les idiomes de sa vie car ce qu’il a sur le cœur lui échappe. Il parle chinois pour s’éviter la corvée de parler français, comme Jean Valgent qui, dans Les Misérables, « souriait pour ne pas parler, et donnait pour ne pas sourire ».
Alors, moi, pour cacher ma paresse et ma honte, je dis crânement : « Parler chinois, je veux bien, mais pour dire quoi ? »

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