Dans les taxis, Luluc donne des directions à un chauffeur qui lui demande de répéter. Elle sexécute et il commente : On ne ma jamais parlé de cette manière. Elle emploie un vieux mot pour désigner le parc, parce quelle trouve cela plus beau.
Dans les taxis, Luluc donne des directions à un chauffeur qui lui demande de répéter. Elle sexécute et il commente : On ne ma jamais parlé de cette manière. Elle emploie un vieux mot pour désigner le parc, parce quelle trouve cela plus beau.
Les Chinois n'ont pas de mots spéciaux pour les prénoms. Ce sont des mots de la langue courante
qui, combinés, donnent un nom. Tout n'est pas autorisé, cependant, certains assemblages sont considérés comme farfelus. On passe alors de délicieux moments à se faire expliquer le sens des noms,
c'est souvent compliqué ou difficile à traduire. De même, les nouveaux nés restent des jours et des jours sans prénoms. Les parents prennent un long temps de réflexion, ils vivent avec
le gamin puis deux caractères apparaîtront. Le dernier dont j'ai entendu parler était un nom composé d'un caractère signifiant « mouillé » et un autre « océan », l'un des deux
était aussi l'homonyme du caractère signifiant « chèvre » (le signe astrologique de l'enfant) et l'ensemble du prénom était aussi le nom du deuxième pont enjambant le fleuve Yangtse.
Enfin le prénom accolé au nom de famille avait encore une signification, ou une connotation que j'ai oubliée. Il ne faut pas oublier non plus l'importance du son global, bien entendu, et la
beauté des idéogrammes, dans le choix des prénoms. C'est donc toute une affaire.
Cela explique pourquoi les Chinois qui prennent un prénom français pour travailler ou pour étudier avec des Français, préfèrent parfois choisir des mots dans le dictionnaire des noms communs.
C'est ainsi qu'un étudiant de Nankin s'appelle Aujourd'hui, une autre a voulu s'appeler Charretier, mais son professeur le lui a défendu. Une collègue s'appelle Spring, une autre
Didot.
C'est pourquoi Mimique s'est choisi ce prénom. Mimique, il pensait que cela sonnait bien, et puis c'est le théâtre, la mimique, le masque, le fait d'avancer masqué. C'est sympathique à entendre,
comme une singerie de bonne humeur. Mais il faut se méfier de cette apparente gaîté, comme Michaux nous y invite : « Visage de gélatine, et tout à coup la gélatine se démasque et il en
sort une précipitation de rat. »
Mimique sait jouer des masques, il en change avec la rapidité du théâtre du Sichuan, et son affabilité se transforme en silence. Son sourire en impassibilité.
On me disait, il y peu : « Ah ! Tu vas enseigner à Nanda, c’est bien pour toi. Les étudiants y sont tellement intelligents. » Je n’avais jamais été frappé, auparavant, du fait que mes étudiant d’alors fussent particulièrement stupides.
Mais j’attendais avec impatience d’avoir affaire à ces jeunes gens. Après deux semaines de cours, je les ai entendus, je les ai lus avec plaisir, j’ai évalué leur niveau de français et je ne comprends pas pourquoi on dit d’eux qu’ils sont intelligents. Ce sont, pour la plupart, de bons étudiants, qui travaillent et sont sérieux. De plus ils sont charmants, gentils, volontaires. Ils sont, je l’avoue, tellement agréables que la fonction de professeur devient avec eux le plus beau métier du monde. Mais intelligents ? Je n’ai pas trouvé qu’ils l’étaient plus que d’autres. Simplement, pour entrer dans cette université, il faut avoir eu les meilleures notes à la version chinoise du baccalauréat. C’est tout, ils ont été bons élèves.
Si on commence à confondre l’intelligence avec le fait d’être bon élève, alors il n’est pas étonnant, et je lance l'idée dans l'incertitude la plus totale de sa pertinence, qu’on élise n’importe qui à la tête de l’Etat.
Min Fei, qui était ma prof de Erhu, est devenue ma compagne de langue. Tous les jours, ou presque, nous nous voyons une grosse heure, pendant laquelle nous devisons trente minutes en chinois et trente minutes en français. Tant qu'il fait beau, nos rendez-vous ont lieu sur des bancs, dans les parcs du campus. Son niveau de français étant presque aussi médiocre que mon niveau de chinois, nous nous enchantons de progresser dans une langue étrangère. Nous parlons de ce que nous aimons. Dans l’idiome de Lu Xun, je parle des matins nankinois, elle parle de musique dans la langue de Molière.
Comme elle n'est pas du matin, nos conversations finissent avec le jour, vers 18h00. La tombée rapide de la nuit nous donne l'impression d'avoir travaillé toute la journée, c'est très gratifiant.
Un de mes étudiants s'etait choisi le doux prénom de Jacques. Tous les étudiants se choisissent un prénom européen, c’est à la fois une façon pour eux de s’investir personnellement dans la langue apprise, et surtout pour nous de les distinguer et de pouvoir les nommer. (En fait, avec un peu d’expérience, nous pourrions très bien nous souvenir de leurs noms chinois, aidés par le petit nombre de patronymes chinois, par la beauté de leur sonorité et par la signification qui y est souvent attachée, de près ou de loin. Restent notre paresse et le dogme triomphant des apôtres des techniques modernes d’enseignement.)
L’autre jour, Jacques changea de prénom. Il voulait bien un prénom français, mais il ne voulait pas abandonner la signification des caractères qui composaient son nom chinois.
Cela était déjà arrivé dans d’autres classes. L’année dernière, un garçon nommé Horace s’est transformé en Martial, car son nom chinois comportait le mot Glaive et qu’il tenait à en conserver le sens guerrier. J’en discutai avec lui, lui fit remarquer que le glaive pouvait symboliser la justice, pas nécessairement la guerre. Je ne m’attardai pas sur cet argument, qui ne pesait d’aucun poids dans son cœur et finalement assez peu dans le mien. En revanche, lui disais-je, l’idée de glaive convient très bien à Horace, je lui parlais du Serment des Horace, mais rien n’y fit. Dans le même temps, Romain décida de devenir Luc. C’en était trop, ces histoires de Romains qui deviennent chrétiens me firent perdre pied et je me mis à nommer au hasard, puisant dans la Bible , les Grecs et les Latins, je lançais des Lucien, des Ovide, des Terence, des Sapho, des Aphrodite.
Revenons à Jacques. Il revint d’un week end nommé Glacépée.
« C’est un prénom que j’ai inventé et il paraît qu’il est très rare en France.
-C’est-à-dire qu’il n’existe pas, ce n’est pas tant qu’il est rare.
-Oui, dit-il. Dans mon nom chinois, il y a le mot Glaçon et le mot Epée, alors j’ai voulu retrouver ces deux mots dans mon nom français.
-Soit. »
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