Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.
Ce fut un vrai plaisir d’emprunter un funiculaire pour gravir la colline la plus célèbre de Hong Kong. C’est le funiculaire le plus pentu, paraît-il, du monde. Il vous tire à la verticale. Vous voyez défiler le monde extérieur, qui se trouve tout distordu. Vous êtes conscient d’être penché en arrière, donc votre cerveau compense, si je puis dire, l’angle de vision, afin de rendre la réalité perçue comme vraisemblable. Vous vous attendez à voir une tour apparaître selon un certain angle, calculé par votre cerveau, et vous la voyez différemment, elle vous paraît inclinée à vingt ou trente degrés. Le monde est soudain très drôle, vu du funiculaire. Au naturel, déjà, il ne manque pas de me faire pouffer et ricaner, mais là, depuis le funiculaire, il perd toute contenance, il devient parfaitement absurde et les hommes qui l’ont aménagé font l’effet d’avoir perdu tout sens commun. On sort de là hilare, essuyant des larmes de rire cognitif, devant tant d’irrationalité. C’est là un des signes de la supériorité de l’homme sur toutes les autres espèces : non seulement il est rationnel, mais il peut, grâce à cela même, être irrationnel et alors il devient drôle (ou tragique, c’est selon.)
Au sommet, les Chinois se font photographier devant la belle vue. La vue est simple : les tours de l’île de Hong Kong, la mer et la baie de Kowloon. Des professionnels de la photo attendent les touristes pour les immortaliser. Leur appareil possède cette particularité d’effacer la grisaille sur le cliché. Pour ma part, comme je ne suis ni photographe, ni rédacteur de guide touristique, ni employé d’un office du tourisme, je prends la liberté de noter le nuage de pollution qui étreint les cent tours. Heureusement, et comme par magie, le spectacle se purifie à la nuit tombée. Le noir s’installe et les tours s’allument, c’est alors, comme dit Marc, un feu d’artifice lent et permanent.