Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.
On pourrait gloser beaucoup sur la musique traditionnelle de la minorité qui peuple cette région, les Naxi. On pourrait gloser, c’est certain, et sur quoi ne pourrait-on pas gloser ? Une musique vieille de mille ans et qui s’est conservée par extraordinaire. Tous les soirs, pour un billet assez cher, toute chose égale par ailleurs, on peut entendre un concert donné par un orchestre d’authentiques vieillards utilisant d’antiques instruments, tout cela sous la férule du fondateur, Xuan Ke, un homme de grande envergure grâce à qui le groupe existe, ainsi que la salle de concert et l’intérêt national et international que cette musique inspire. Cet homme parle avant et après chaque morceau, explique les paroles, refait l’histoire sous l’angle des peuples opprimés, raconte des histoires, fait rire le public, (fait son show, disons-le) et c’en est interminable. Pendant ses longues périodes, quelques vieux de l’orchestre ferment les yeux dans une grimace qui semble dire : “Tais-toi, mais tais-toi donc.”(Je connais bien cette mimique pour l’avoir souvent observée sur le visage de mes interlocuteurs.) Sur les murs, des portraits de lui, à la sortie, des caricatures de lui photocopiées et distribuées au public. Cela pourrait être pénible, mais il faut prendre cet individu pour un héros transgressif. Sa vie entière a été consacrée à la conservation et au développement d’une musique extraordinaire, et pour cela il lui sera beaucoup pardonné.