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Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.

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Musique antique des montagnes tibétaines

On pourrait gloser beaucoup sur la musique traditionnelle de la minorité qui peuple cette région, les Naxi. On pourrait gloser, c’est certain, et sur quoi ne pourrait-on pas gloser ? Une musique vieille de mille ans et qui s’est conservée par extraordinaire. Tous les soirs, pour un billet assez cher, toute chose égale par ailleurs, on peut entendre un concert donné par un orchestre d’authentiques vieillards utilisant d’antiques instruments, tout cela sous la férule du fondateur, Xuan Ke, un homme de grande envergure grâce à qui le groupe existe, ainsi que la salle de concert et l’intérêt national et international que cette musique inspire. Cet homme parle avant et après chaque morceau, explique les paroles, refait l’histoire sous l’angle des peuples opprimés, raconte des histoires, fait rire le public, (fait son show, disons-le) et c’en est interminable. Pendant ses longues périodes, quelques vieux de l’orchestre ferment les yeux dans une grimace qui semble dire : “Tais-toi, mais tais-toi donc.”(Je connais bien cette mimique pour l’avoir souvent observée sur le visage de mes interlocuteurs.) Sur les murs, des portraits de lui, à la sortie, des caricatures de lui photocopiées et distribuées au public. Cela pourrait être pénible, mais il faut prendre cet individu pour un héros transgressif. Sa vie entière a été consacrée à la conservation et au développement d’une musique extraordinaire, et pour cela il lui sera beaucoup pardonné.

 

La musique elle-même est très audible. Quand l’orchestre joue à l’unisson, la prédominance des cordes rend le tout très mélodique et même un peu mélancolique, inspirée par le cafard que ressent le berger himmalayen à l’approche de l’hiver (ou celui que lui inspire la tendre puissance d'un yak). Soudain, un immense tambour fait rouler un orage, une kyrielle de cymbales au merveilleux son de casseroles font régner une panique, une accélération éprouvante toujours accompagnées par la douceur des cithares (guzheng et autres qing), unissant des contraires dans un désordre sonore maîtrisé. De nombreux moments font penser à de la musique contemporaine européenne, en particulier à Incise de Pierre Boulez qui, si je me souviens bien, propose un mélange de percussions variées, pierreuses, métalliques, et de plusieurs harpes.

 

Le chef charismatique, lui, fermait les yeux, frappait parfois sur une grosse grenouille en bois (celle qu’on voit dans les temples bouddhiques et taoïstes) et dirigeait bel et bien son orchestre, sans le regarder ou très peu, par d’infimes gestes et une entente avec ses musiciens qui dépasse la relation professionnelle puisqu’ils n’ont jamais joué et ne joueront jamais dans un autre lieu – cette salle et ce groupe sont la seule opportunité pour eux d’exercer leur art! Quelques jeunes apparaissent aujourd’hui, chanteurs, joueuses de cithares, pour remplacer les musiciens trépassés, mais on peut se demander ce qu’il adviendra de l’orchestre quand Xuan Ke mourra.

 

 

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