Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.
A Chengdu, un site est à visiter, la chaumière de Du Fu. Ce dernier (712-770) est un poète de la dynastie des Tang, considéré par tout le monde comme l’un des plus grand de toute l’histoire. Sa vie fut assez tourmentée, il dut fuir, s’exiler, il connut des échecs à répétition dans sa vie professionnelle, il rata des examens officiels, il connut la guerre, un de ses fils mourut de faim. Or, pendant quatre ou cinq ans, il se réfugia à Chengdu et y trouva la paix. Il se construisit une cabane, près d’un plan d’eau, et écrivit des poèmes sur la nature qui l’environnait. L’automne suivant, le vent détruisit la cabane ; il écrivit alors (en substance, n’est-ce pas, je cite de mémoire) : Nom de Dieu, si le vent me fait ça à moi, combien de pauvres gens doivent endurer pires traitements et souffrir de faim et de froid ? Il reconstruisit la cabane, avec des copains, avec un toit de chaume. Des années après sa mort, un dignitaire chinois retourna sur le lieu et, pour célébrer la mémoire de Du Fu, construisit une nouvelle fois la chaumière, en respectant au plus près ce qui était décrit dans les poèmes. Et ainsi de suite, le site a été, de manière quasi ininterrompue depuis le huitième siècle, un lieu de mémoire et même de dévotion. Ce qu’il faut essayer d’imaginer, c’est que les touristes que vous croisez sur ce site connaissent tous les poèmes de Du Fu, ils en connaissent par cœur, quel que soit leur niveau d’éducation, car ils en entendent parler à l’école primaire, et ont dû apprendre des poèmes, comme un passage obligé.
J’en profite pour donner un conseil pour quiconque voudrait draguer une ou un Chinois. Il y en a certainement autour de vous, dans votre ville ou votre village. Vous l’approchez, lui parlez de la pluie et du beau temps et, lorsque vous sentez votre proie en confiance, vous lui sortez Du Fu (s’il y a incompréhension, prononcez Tou Pou en faisant descendre et monter votre voix, au hasard) et lui demandez de vous en réciter un. Il le fera, elle le fera, c’est certain, mais trop rapidement, comme quelque chose que l’on se récite à soi-même. Alors demandez-lui de répéter mais doucement, en respectant bien les tons. Vous vivrez alors une expérience esthétique sans précédent, de la bouche même de la personne de vos rêves, ce n’est déjà pas si mal. Vous vous sentirez chavirer dans la houle, vous vous direz que cette langue n’est pas humaine, qu’elle vient d’un autre monde. Dites-lui ce que vous ressentez, au plus près de la vérité, et je vous assure que vous marquerez des points dans le cœur de votre ami(e).
Je l’ai fait avec la plus belle femme du monde et cela m’a ouvert une porte totalement improbable.