Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.
Mon copain Benoît se demande quelle est la présence du taoïsme dans la Chine d’aujourd’hui. Je lui conseillerais bien de venir dans le Jiangsu mais ce garçon n’en fait qu’à sa tête. Sans être fasciste le moins du monde (je le suis même beaucoup moins que bien des gens que je connais et qui ne le savent pas), je crois qu’on devrait parfois décider pour les autres. Et laisser les autres décider pour soi. Alors je dis : Benoît et sa petite famille dans le prochain avion pour le Jiangsu! Après une visite à la Montagne étreinte de Beauté, où nous nous réciterons du Zhuang Zi pour la santé, nous reviendrons par la même rue vers le centre et entrerons dans le temple de Cheng Huang Miao. Le nom du temple, on ne le saura que lorsqu’on aura demandé à un moine de nous écrire sur un carnet celui du grand personnage dont la statue trône au milieu du pavillon central.
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Il y a beaucoup de boutiques d’instruments de musique, dans la rue Jingde, des cithares, des pipas, toutes sortes d’ancêtres ou de cousins de la guitare, des flûtes de toutes tailles, des tambours et des cymbales, des trucs qui sonnent et des trucs qui tonnent. Il y a aussi un magasin de costumes de théâtre traditionnel. On entend, du trottoir, des bruits de percussions, des pétards et des détonations.
Ma mère et moi y sommes allés par hasard, dans ce temple, puisque il n’est répertorié dans aucun guide touristique. Il a dû être reconstruit et rouvert il y a très peu, voilà pourquoi. Dans le hall d’entrée, les mêmes instruments que ceux des boutiques environnantes sont à vendre. Cela pouvait être des instruments sacrés, c’est ce qui m’a fait penser que nous pouvions être dans un lieu confucéen ou taoïste. Puis d’autres signes m’ont convaincu qu’on célébrait ici un culte taoïste. Les signes du Yin et du Yang, la coiffure des moines, l’absence de tout barbu ressemblant à Confucius.
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Je dois avouer que j’ai rarement eu plus fort le désir d’être accompagné d’un guide qui m’éclaire un peu. A part les encensoirs, les pagodes, qui ressemblent aux temples bouddhistes, j’aurais aimé que l’on me raconte l’histoire des personnages statufiés, des super héros verts et bleus, des femmes blanches portant des enfants nus.
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Le vieux, surtout, qui était ce vieux, derrière Cheng Huang Ye, à la longue barbe, à l’ombre d’un tronc d’arbre recourbé et couvert de petits bouts de tissu rouge ? Il m’a fait penser à Lao Zi, même sans bœuf, Dieu sait pourquoi.
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Tout au bout du temple, dans la salle de prière, le chœur où les cultes sont célébrés est parsemé de petits autels (les mêmes que ceux que l’on voit dans les opéras de Kunju, autre signe qu’il s’agit de taoïsme), sur lesquels sont placés des instruments de musique et des petits objets, des os, des espèces de chapelets, que sais-je encore ? des bougies, des pierres, des bâtons d’encens. Ce sont de vraies natures mortes, au sens impénétrable.
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Que n’aurais-je pas donné pour assister à un office ? Malheureusement, le factotum qui, la clope au bec, rangeait un peu les affaires du chœur, sous l’œil goguenard des jeunes moines qui n’en foutaient pas une rame, ne paraissait pas préparer le lieu pour un office à venir, mais plutôt remettre en ordre ce que l’office venait de déranger.
Si les choses se passent comme je le prévois et qu’on obéit enfin à mes ordres, c’est donc avec Benoît et Agathe, et leurs enfants Jacques, Gaspard et Guillaume, que j’aurai l’occasion d’en voir et savoir un peu plus.
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