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Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.

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Marchander avec sa mère

J’ai mis au point une technique de marchandage grâce à la présence de ma mère. Elle m’indique ce qui l’intéresse et je demande au marchand combien ça coûte. Le prix annoncé par le marchand doit être dix, vingt ou cinquante fois le prix normal, si tant est qu’il existe quelque chose comme un prix normal dans le commerce. Alors on parle entre nous en français et j’annonce, en chinois, la somme que ma mère veut y mettre. Le marchand éclate de rire tellement la somme est basse. Il m’explique que cela lui a coûté déjà beaucoup plus que ce que ma mère propose. Je fais semblant de traduire à ma mère tout en l’encourageant à prendre un air buté, et à me parler français. Elle fronce autant qu’elle le peut ses sourcils en me disant que le pauvre marchand doit aussi nourrir sa famille. Je la laisse finir en opinant du chef et me retourne vers le marchand : « Elle dit cinquante yuans, pas plus, elle ne veut rien entendre. » Il reprend sa logorrhée, prétend qu’on l’assassine. Je l’assure de toute ma compréhension et de ma commisération, mais lui dit que ma mère est une femme intraitable, s’il savait seulement. Je demande à ma mère de parler français encore un peu : « Pour l’amour de Dieu, maman, essaie de prendre un air terrible ! Et arrête de sourire au marchand, veux-tu ? Tu vas tout faire foirer ! » Je hausse le ton en français pour prétendre que je prends le parti du marchand. En criant, j’ôte au marchand le désir de le faire, car il le fait toujours. Je lui coupe l’herbe sous le pied, en quelque sorte. Un homme, ou une femme, adouci, privé de son arme de protestation, c’est un homme affaibli ; enfin c’est ce que je pense. J’explique la manœuvre à ma mère, qui me dit : « Oui oui, on va laisser tomber. » C’est alors que je reviens au marchand pour lui dire, d’un ton doucereusement respectueux que ma mère en a vu d’autres, qu’elle est une femme à poigne, qu’elle n’a pas beaucoup d’argent et qu’elle refuse de s’apitoyer sur le sort des Chinois. Je le dis avec cette grimace de l’esclave qui veut faire comprendre qu’il n’est responsable de rien, qu’on le contraint à faire un sale boulot. Le marchand est un peu interdit devant le contraste qu’il y a entre le portrait que je lui fais d’une terrifiante matrone et la petite femme qui le regarde avec ses yeux clairs, clairs de toutes les insultes auxquelles elle n’a pas répondu. Il en rigole, le marchand, il n’a plus vraiment d’autres choix que de refuser simplement ou de proposer un vrai rabais.

En général, on arrive à un résultat, non pas à une affaire à proprement parler, mais à un prix qui donne le sentiment qu’on ne s’est pas fait complètement entourloupé.

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