Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.
Aujourd’hui qu’on m’a pris ma bicyclette, que d’autres hommes l’achètent et la montent, J’étale devant moi la carte de Nankin et celle du Jiangsu. Une vague de nostalgie m’envahit. Tous ces lieux où je n’irai plus. Y aller en taxi ou en bus, ce serait commettre une infidélité. Ce serait comme coucher avec une autre femme la semaine suivante la rupture d’avec une amoureuse.
Une photo de mon vélo, sur un pont, au milieu de l’Ile au cœur du Yangzi, me procure une étrange émotion. Il symbolise les centaines d’heures que j’ai passées à parcourir la Chine, à regarder les gens, les arbres, les maisons, sans faire attention à lui.
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De tous les objets qui font notre quotidien, c’est celui qui me fut le plus proche pendant plus d’un an. J’ai tout découvert avec lui. Je lui dois ma connaissance et mon amour de Nankin. Il a été témoin aveugle et sourd de toutes mes frasques. Il m’a aidé à séduire de rares amazones. C’est sur lui que Petite Biche m’a enlacé la première fois. Entre elle et moi, il n’y avait qu’une mutuelle et intrigante estime. Après l’opéra, je la mis sur mon vélo et partis vers un bar de nuit. Sur la route, elle se tenait à moi, en feignant la peur de la circulation. Une main sur le guidon, je lui pris la main. Ce doux contact décida du reste. Mon vélo, fidèle et modeste, plutôt que nous conduire au bar, nous amena au lac xuanwu. Si je ne l’avais pas embrassée au bord du lac, je l’aurais fait le lendemain, ou la semaine suivante, ce n’était plus qu’une question de temps. C’est sa main dans la mienne qui fut le début de notre épisode amoureux, et le trajet en vélo qui en fut le premier théâtre.
Il arrivait qu’on complimente mon vélo. On me disait qu’il avait l’air solide, qu’il était beau, qu’il avait de la classe. Je me prenais à m’identifier à lui.
Je suis redevenu un piéton, un simple, un petit piéton, qui vaut tous les piétons et que tous les piétons valent. Je n’envie pas ceux qui pédalent. Je retrouve la joie des lents trajets et redécouvre l’épaisseur des rues, de la vie des rues.