Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.
A bien des égards, la Chine réalise quelques uns de mes plus vieux rêves de gosses. Me lever tôt le matin, vivre avec des femmes des histoires sans complications, auto financer mes voyages, écrire tous les jours, même des choses sans intérêt, écrire avec constance, sinon avec discipline.
Un de mes rêves était aussi de prendre la parole au nom de la plus parfaite incompétence. M’adresser à mes semblables sans avoir de nom, sans diplôme, sans autorisation et sans soutien d’aucune institution. Monsieur Tout le Monde vous parle.
Autrefois, mon ami Mathieu organisait, à Lyon, des rencontres d’artistes qu’il appelait « Potlatch ». C’était joyeux, inventif, cela se passait parfois à la Maison de la danse, et je me souviens en particulier des vidéos d’un Chinois qui jouait sur la calligraphie et sur les mots français « lettre » et « l’être ». Je crois me rappeler qu’il ne mettait en scène que les quatre « trésors du lettré », comme on dit ici : l’encre, le papier, le pinceau, l’encrier, avec de l’eau dans un verre. Le Potlatch eût été une ouverture pour des conférences incompétentes. Je m’en étais ouvert à Mathieu, qui n’a pas rejeté l’idée, mais je n’ai pas eu le courage de produire une telle conférence performance.
Ici, point d’inhibition. Les conférences de la médiathèque sont ouvertes à tous les orateurs. Souvent, les gens à qui l’on demande s’ils seraient intéressés d’en écrire une, répondent qu’ils ne sont spécialistes de rien. Tant mieux, serais-je tenté de répondre, nous resterons entre généralistes amateurs. Comme chez les Grecs, il suffit d’être un homme libre, et alors votre parole vaut celle des autres. Cela me rappelle Diogene, le cynique, qui était à vendre sur un marché aux esclaves. Un homme lui demanda : "Et toi, étranger, que sais-tu faire ?" "Commander!" répondit Diogène. Je ne connais rien de plus élégant : une prise de pouvoir universelle par l'homme le plus faible qui soit, politiquement. Ainsi, quand on me demande si je m'y connais dans tel ou tel domaine, je réponds : "Non, mais je peux vous faire une petite conférence dessus, si ça vous chante."