Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.
La médiathèque était pleine à craquer. Des gens étaient debout. Il y avait, inévitablement, beaucoup d’étudiants de l’université qui étaient peut-être un peu obligés d’être là, puisque trois de leurs professeurs se distinguaient, lors de l’après-midi littéraire. La première donnait une conférence sur Marguerite Duras, le deuxième une conférence sur Sartre et le troisième traduisait la conférence sur Sartre.
A la pause, j’abordais quelques étudiantes pour les inviter à s’en aller, si elles avaient des courses à faire, ou si elles étaient fatiguées. Elles voulurent rester.
La performance se passa de la meilleure des manières. Lumière de l’Aube avait tellement travaillé le texte que nous étions en symbiose. Nous étions debout, devant un pupitre fabriqué d’une pile de livres, et nous parlions fort. Le public réagissait, il riait quand il y avait lieu de rire et opinait du chef comme un seul homme.
La conférence fut suivie d’une vingtaine de minutes de débat avec l’assistance. Je m’efforçai d’esquiver toutes les questions, de répondre à côté, d’abord parce que je ne comprenais pas toujours où les gens voulaient en venir, et aussi pour éviter des réponses longues qui eussent fatigué tout le monde. On me posa des questions sur le solipsisme de la Nausée, sur le structuralisme, sur Camus, sur la rupture idéologique de Sartre après la guerre, sur les contrats de mariage et sur le PACS. Je m’en suis tiré comme j’ai pu, en blaguant et en renvoyant les questions dos à dos.
On donna par la suite un buffet, dont j’avais proposé qu’on insistât davantage sur la quantité que sur la qualité, avec du vin rouge et du fromage. J’arrosai ma gorge de quelques rasades bien senties, et nous finîmes la soirée à parler littérature et politique dans un petit bar tenu par un jeune couple formé d’une Sud-africaine et d’un Palestinien.