Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.
Une idée de livre en français a germé dans mon esprit, récemment, et je m’en ouvris à Sigismond pour qu’il le fasse (de mon côté, je n’en avais ni le temps, ni le courage, ni la compétence.) : un florilège d’histoires de ratés, depuis les plus anciens classiques jusqu’aux auteurs contemporains. L’histoire et la littérature chinoises recèlent de personnages passés à la postérité, qui ont étudié d’arrache pied mais n’ont jamais réussi leurs concours de lettrés. Certains furent de grands intellectuels au seuil de la gloire mandarinale. Ils retirèrent de leur échec une grande tristesse, toute leur vie, et un profond ressentiment.
Il faut les comprendre : être lettré donnait, entre autres avantages, la perspective de se retirer dans une belle maison, d’y faire construire de superbes jardins, comme ceux de Suzhou, de consacrer de belles années à la calligraphie, aux concubines délicieusement cultivées, à la musique et à la réflexion. Etre lettré, c’était atteindre au bonheur absolu, pour ceux qui avaient de l’aptitude au bonheur, une joie encore plus grande que celle de l’empereur puisque la retraite du lettré se faisait loin des manigances et de la fourberie de la cour. A la porte de ces jardins des délices, donc, se lamentaient les hommes éduqués, cultivés, mais qui étaient pour toujours des « ratés ».
Cependant, certains ont pu devenir très célèbres : Du Fu, pour ne prendre qu’un exemple, est un des poètes les plus admirés de la dynastie des Tang (et de la littérature chinoise de tous les temps) et sa vie de misère et de précarité est très connue. A la différence de Li Bai, l’autre grand poète Tang, Du Fu avait échoué plusieurs fois aux concours officiels et ne put jamais offrir à sa famille le confort et l’éclat auxquels il la destinait. Au contraire, il souffrit directement des tumultes de son temps et de son manque d’argent, toujours contraint de voyager et de voir mourir les siens.
D’autres ratés accompagnent le lecteur sinologue. Ceux des Histoires de Si Ma Qian, le plus vieil historien de l’antiquité chinoise, sont truculents, cruels et grotesques. Ceux de Lu Xun, au vingtième siècle, sont poignants et possèdent, avec ceux de Lao She, une charge symbolique et critique extrêmement forte. Ces infortunés sont même à l’origine d’un courant littéraire et théâtral passé aujourd’hui à la plus éclatante des postérités. Une littérature écrite en langue vulgaire, à destination du peuple, et dont le plus bel exemple est Au bord de l’eau.
De toute évidence, il y a de quoi faire. Recueillir ces histoires présenterait une nouvelle histoire de la Chine, de sa culture, et fouetterait le sang de ceux qui tendent à n’y voir que les mêmes clichés qui se répètent sempiternellement.
Une telle anthologie aurait en outre l’intérêt de faire écho à notre société obsédée par les grandes écoles, les diplômes et les concours.
Moi, rien que d’en parler, j’ai envie de le lire, ce bouquin. Je n’ai plus qu’à attendre que Sigismond s’y mette. Je vois le livre, déjà, chez Piquier ou chez Bleu de Chine, mais je ne suis pas très fort avec les titres :
Ces ratés magnifiques ?
Figures de raté ?
Histoires d’échecs ?
Ce n’est pas terrible. Vous avez une idée ?