Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.
Je n’étais pas prédisposé à voyager. Longtemps, je n’eus qu’indifférence pour ceux qui partaient à l’autre bout du monde. Je faisais cependant des projets de voyage qui avortaient invariablement. Mes amis ne m’écoutaient plus quand je projetais de traverser le désert de Gobi ou de visiter Samarkand. C’est alors que les fées s’en mêlèrent.
Ma présence à Nankin n’était pas naturelle, n’était pas explicable scientifiquement sans l’aide et le soutien d’un fatum tordu qui cherchait à se moquer de moi. J’étais là grâce à une femme qui avait rompu avec moi et qui se trouvait quand même à Nankin avec moi. Je l’accompagnais alors qu’elle n’avait aucune envie d’être là et que j’avais fait de cette ville une destination prioritaire. Pour elle, la situation était on ne peut plus absurde : elle se retrouvait dans une ville et un pays où elle ne voulait pas être, en compagnie d’un homme qu’elle n’aimait plus. Il n’est pas impossible qu’elle fût le jouet de mes fées, qu’elle fut sacrifiée à l’autel de mon envie d’Asie. Le fatum se moquait de nous, mais il n’avait peut-être pas prévu qu’avec moi il tombait sur un pitre que des situations absurdes n’effrayaient pas. Ma vie de voyageur fut toujours marquée par un destin sinon grotesque, du moins sarcastique. Mon destin se réalise, je ne me plains pas (même si les voies de la réalisation pouvaient être moins retorses), mais pourquoi faut-il qu’il y ait des victimes collatérales ?