Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.
J’ai réalisé mon premier déménagement en Chine. Contrairement aux gens de mon âge, j’ai opté pour un endroit plus petit et moins prestigieux. J’avais un lit deux places, je n’en ai plus que deux une place, j’avais une terrasse, je n’en ai plus. J’avais une porte fenêtre, je n’ai plus que des fenêtres. J’avais une cuisine, je n’en ai plus. J’avais une vie de quartier, avec des crieurs, des petits boui-boui, des salons de massages transformables en salon de plaisirs, des travaux et des gravats, maintenant je n’ai plus qu’une vie universitaire, des étudiants qui jouent au tennis, des femmes de chambre un peu mutines.
L’Université de Nankin, qui va m’employer à partir de septembre, me loge dans une chambre d’hôtel, sur le campus. Comme j’habitais déjà à côté du campus, je me suis débrouillé seul, avec deux sacs et un vélo. Les deux sacs avec lesquels je suis arrivé en Chine, il y a un an. Il m’a fallu trois voyages, un sac sur mon dos, un sur le porte bagage. En un an, j’ai donc triplé de volume. Que cela va-t-il devenir, disons, dans un an, dans deux ans ? Pourquoi accumuler, ainsi, des choses, je l’ignore. Je garde toujours en moi l’idéal de ne rien posséder, mais c’est très difficile, on a toujours un avoir invraisemblable. Même chose pour l’habitat : on en a toujours trop. Pendant le déménagement, je faisais le compte de ce que doit comporter un logement idéal :
1- Des murs et un toit.
2- Un lit.
3- Une table et une chaise, toutes deux à bonne hauteur.
4- Un point d’eau pour faire sa toilette et ses besoins.
5- De la lumière naturelle.
6- Du calme. Ne pas entendre ses voisins, n’être pas entendu de ses voisins.
Tout le reste est superflu, voire nocif pour le bonheur. Idéalement, ce qu’on doit faire chez soi se résume à cela :
1- Dormir. Se reposer.
2- Se laver.
3- Lire. Réfléchir.
Tout le reste est important mais doit se faire à l’extérieur. Manger dehors, étudier dans les bibliothèques (posséder beaucoup de livres n’est pas sain, il vaut mieux que tout le monde en profite, faire circuler les écrits, les pensées), regarder des films au cinéma, s’informer et naviguer sur internet dans des cybercafés, rencontrer ses amis et faire des rencontres dans les cafés, les parcs, n’importe où dans le monde. Je vois où vous voulez en venir : l’amour ? Le voyageur pourra faire l’amour dans son logement, qui possède le calme, l’intimité et la propreté propices au déduit. Par ailleurs, son mode de vie extériorisé lui permet de faire davantage de rencontres intéressantes.
Mais cela, n’est-ce pas, c’est l’idéal ! La réalité est beaucoup plus encombrée.