Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.
L’autre jour, tandis que je zappais, Neige s’écria : « Oh ! Une série coréenne ! » Nous regardâmes la série dont le rythme était lent, lent, et les larmes longues à couler. Les séries coréennes ont un succès fou dans toute l’Asie, et on se demande pourquoi. Un monologue d’au moins cinq minutes d’une femme à genoux précède une scène de pleurs collectifs. Je profitai de la présence de Neige pour la faire commenter les images que nous voyions. Le succès de ces séries s’explique par la beauté des femmes. Elles sont « d’une beauté pure, presque des saintes. » Pour les hommes chinois, les femmes coréennes sont les plus féminines, comme quoi on a toujours besoin d’une plus Orientale que soi. Ce ne sont pas que les images, mais le mode de vie des personnages qui attirent Neige.
Une scène dans un intérieur surchargé, étouffant, aux canapés très rapprochés les uns des autres, m’amène à poser la question : aimes-tu aussi cette maison ? Oui, beaucoup, car elle se sentirait « remplie », dans un tel salon. Ses amies aussi, rêvent d’un intérieur cosy, aux couleurs froides, grises et marron, dont les lampes sont achetées dans des magasins de productions en série. Moi, j’avoue que je n’ai aucun goût pour la décoration d’intérieur, mais là, vraiment, rien n’est fait pour la sérénité, la respiration de l’âme. Tout vous empêche de réfléchir, de lire, de bouger.
De jeunes gens se marient, en soupirant. Neige m’explique pourquoi ils ne sont pas heureux. Ils s’aiment mais la mère de la fille vient de mourir et la famille du garçon n’apprécie pas la fille. L’homme est imberbe, il ressemble à un adolescent, la blancheur de son habit le rend fade, à la limite de l’inexistence. La femme, je le reconnais, est belle comme un ange de manga japonais. Ils vont en voyage de noce en Suisse (en Suisse !), où on les voit manger une fondue et marcher dans une rue marchande, habillés de blanc. A chaque image, je me disais : « Les jeunes femmes chinoises rêvent de cela ! » Dans la rue, il la prend dans ses bras à la manière des jeunes mariés occidentaux, elle proteste, pour la forme, mais quelle audace, en pleine rue, quel romantisme.
Ils entrent dans une chambre d’hôtel luxueuse mais effroyablement quelconque. Tout, dans cette série, tout ce qui est montré de vie, d’atmosphères, de lieux, ferait fuir un homme européen, car il s’y sentirait mourir, rien de moins. Je dis à Neige, au bord de l’apoplexie : « Comment une femme de goût comme toi peut aimer ces ambiances, ces lieux, ces vêtements ? » Elle a ri, sans plus.
Pour lui plaire, je l’ai emmenée dans un restaurant coréen. C’était la première fois de sa vie. Au sortir du restaurant, son attirance pour la Corée s'etait refroidie, la nourriture ne l’avait pas convaincue. Or, cette nourriture, c’est la seule et unique expression de la culture coréenne présente à Nankin que j’aime. L’un de nous deux était peut-être de trop, dans notre histoire d'amour.