Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.
Dans l’opéra, c’est un triste sire. Il est fade, peu séduisant, il se repose entièrement sur son titre, qui lui est tombé du ciel et qu’il ne mérite en rien. Il n’a rien pour lui, ne sait rien, n’a aucune autorité sur personne, il ne sait que jouir de la mollesse de son existence. A le voir rire bêtement quand la concubine chante un poème de Li Bai, on se dit qu’il n’est même pas capable d’apprécier cette femme à sa juste valeur.
Il la force à boire, comme le plus rustre des collégiens. Elle, ivre, arrive à chanter avec délicatesse qu’elle marche dans les airs, que lever le bras est un effort trop difficile à accomplir. Cela emporte l’empereur dans un rire aigu, saccadé, perçant, artificiel. Un rire un peu méprisable, à la fois efféminé et infantile.
Quand une rébellion éclate, par sa faute indirecte, à cause de son manque de fermeté, il n’a d’autres choix que de fuir à Chengdu. Sur le chemin, l’armée exige la mort de la concubine, pour une raison obscure. Ils menacent de le tuer, de renverser l’empire, à moins que Yang se suicide. L’empereur tergiverse, il pleure. Il n’a pas la force de la protéger. Elle-même demande à mourir, par amour pour lui et par patriotisme. Pour sauver l’unité de l’état. Il n’est pas long à se laisser gagner par cette idée : « Si elle insiste, je ne peux lui interdire. » Lui, qui ne mérite que des coups de pied au cul, fait le sacrifice d’un des plus rares joyaux de l’humanité, de la manière la plus lâche qui soit : « Qu’on laisse la souveraine faire comme elle le veut. » Il sort en courant. Elle, qui se croit soutenue, lève le visage et découvre avec effroi qu’elle est seule. Elle aurait pu désirer être accompagnée dans la mort par l’homme qu’elle aime.
A partir du moment où sa femme meurt, il commence à prendre un peu d’ampleur. Il chante un long récit du voyage qui le mène à Chengdu. De belles descriptions d’Emei Shan, des montagnes et des déserts qu’il traverse, alternent avec des évocations d’animaux tristes. Cela devient poignant. L’orchestre déroule une musique nomade, errante, nous sommes dans les steppes.
L’empereur est donc loin d’être un héro. Il est vite déchu, remplacé par son fils. Sa seule gloire sera de retrouver sa bien-aimée dans le Palais de la jeunesse éternelle, sa barbe redevenue soudainement noire. Le Palais se situe dans une réalité parallèle, pas vraiment la mort, ni tout à fait un rêve.