Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.
En principe, l’idée qu’un homme me tripote me déplaît, c’est pourquoi je ne vais pas chez le coiffeur (en Chine, les filles massent la tête et shampooinent, les garçons coupent) et consulte un médecin si et seulement si j’encours un risque mortel.
Pour la dernière soirée de ma mère à Nankin, nous sommes allés nous faire masser les pieds. Pourquoi les pieds plutôt que le dos, l’ensemble du corps ou la tête ? Parce que les Chinois pensent que c’est meilleur : ils ont développé un système de correspondances entre les points du pied et les parties du corps, ainsi qu’un art du massage qui constitue une médecine préventive globale. Masser les pieds, c’est soigner l’ensemble des organes. Masser autre chose, c’est bon mais ça ne soigne que les parties massées, voilà comment je comprends les choses.
Nous sommes allés dans l’établissement de Hankou Xilu, près de l’université, un lundi soir. Beaucoup de Chinois vont se faire masser le vendredi ou le samedi soir. On comprend pourquoi, mais si le voyageur en a la possibilité, il lui sera plus profitable d’y aller en semaine. Les masseurs sont plus attentifs, ils prennent plus de temps, ils sont moins stressés et moins fatigués.
On nous installa dans un petit salon. Deux fauteuils nous attendaient. La mauvaise surprise arriva vite, un jeune homme m’était destiné, et les pieds de ma mère seraient choyés par une fille. Je ne dis rien pour ne blesser personne. Or, si j’en juge par l’effet qu’a eu ce massage, je dois bien reconnaître que ce garçon connaissait son affaire.
Il commença par me demander si j’avais des problèmes de sommeil. « Oui, on le saura que j’ai des problèmes de sommeil ! Je ne suis pas insomniaque, non plus. » Il ne fit pas d’autres commentaires. Il massait comme les autres, sauf qu’il ne faisait jamais mal, tout en appuyant profondément sur les points à masser ; c’était un bon professionnel.
Certains étrangers disent qu’après un massage, on sent des choses spéciales, qu’on marche sur un nuage, ou qu’au contraire le massage révèle des douleurs dissimulées par l’habitude. Rien de tout cela en ce qui me concerne. Simplement, je sors de l’institut avec l’impression agréable d’avoir les pieds propres. Pourquoi y retourner, me direz-vous ? Parce que je donne plusieurs chances à une pratique avant de la juger.
Cette nuit-là, je dormis comme un bébé et eut de la peine à me réveiller le lendemain. Un sommeil profond. Le jour suivant, à Shanghai, malgré l’énervement qui m’habitait, je dormis à nouveau très bien, d’un sommeil à la fois récupérateur et fragile. On dit qu’il ne faut pas se faire masser les pieds trop souvent, et c’est un fait que l’effet dure plusieurs jours. Nuit après nuit, je dormis différemment. Il y a beaucoup de formes de sommeils, et j’ai le sentiment que les massages de pieds vont m’en faire découvrir de nouvelles.