Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.
L’autre jour, une femme chinoise, professeur de l’université, entendait une femme française avouer qu’elle était en train d’écrire un roman. Une sorte de roman. La Française disait qu’à force de traduire les romans des autres, on sentait pousser en soi le désir de trouver sa propre voix. La Chinoise approuvait et ajoutait que si elle n’avait pas réussi ses études supérieures, et si elle n’était pas devenue traductrice par la même occasion, elle serait certainement écrivain aujourd’hui. De là à dire que les écrivains sont des universitaires ratés, il n’y a qu’un pas.
Beaucoup d’universitaires partagent, sans se l’avouer, ce sentiment sur l’ordre des mérites. Ils oublient que les œuvres d’écrivains sont ce sur quoi ils travaillent, et non l’inverse. Ils oublient que leur admiration allait vers les écrivains, vers ceux qui inventaient leurs propres règles, non ceux qui les expliquaient aux autres.
Je me souviens d’une amie, docteur de son état, qui avait honte d’écrire des textes littéraires personnels. Honte de ne pas réussir à publier d’articles « sérieux » dans des revues universitaires. Je n’en revenais pas. Cette femme avait un style délicieux quand elle parlait d’elle, ses textes étaient sensuels, fins, presque fluviatiles, et ses articles "serieux" étaient quelconques. Or, plutôt que d’investir le champ d’écriture, risqué et sans lendemain, où elle avait des dispositions, elle faisait l’impossible pour être acceptée parmi les faussaires, les plagiaires et les fossiles de l’académisme. Elle y voyait une sécurité matérielle que ne pouvait lui offrir la littérature. L'academisme avait plus de prestige pour elle.