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Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.

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Voltaire ennuyeux

Un jour que j’étais en avance dans ma salle de classe, je regardais les quelques étudiants déjà présents qui révisaient pour les examens à venir. Je demande à l’une d’elles ce qu’elle lit. Elle « révise » Voltaire. Voilà où nous en sommes ; les auteurs sont révisés avant que d’être lus. Dans la conversation, je remarque qu’elle n’aime pas Voltaire. Pour elle, ce n’est qu’un nom parmi d’autres, un auteur ennuyeux qui écrit de longues phrases compliquées. Je suis assommé par ce malentendu, je suis à deux doigts de lui improviser un cours sur Voltaire, puis je n’y tiens plus, je me lance dans la folle entreprise de le lui faire aimer, de sauver Voltaire dans l’esprit de mon adorable étudiante. C’est une machine de guerre pédagogique, mais pour une blitzkrieg, cinq minutes pour convaincre. Lui faire comprendre que Voltaire n’est pas chiant pour un sou, qu’au contraire il est incisif, drôle, railleur, rapide. Je cherche à attendrir ma jeune Chinoise avec la générosité morale et politique de Voltaire, sa défense de Callas, son militantisme joyeux. Je suis debout, je bouge les bras, je remue les mains, je dodeline, je varie de tons et de débits de parole, bref, je lutte. Mon étudiante approuve mes efforts mais elle me regarde avec un sourire attristé : ce n’est pas en cinq minutes qu’on rencontre Voltaire.

Les quelques étudiants présents me soutiennent mais sont impuissants à m’aider. Ils savent bien que, quoi que je dise, pour eux Voltaire ne sera qu’une obscure célébrité qui a dit qu’il fallait cultiver son jardin.

Je précise que celle à qui je destinais ce cours éclair est une fille qui écrit très bien, qui a non seulement une fibre littéraire mais qui sait construire une narration, elle en écrit pour le plaisir. C’est donc une vraie tristesse qui m’a pris : que peut-on espérer quand on ne peut pas faire aimer des auteurs éblouissants à des étudiants de valeur ? 

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G
Ne soyons pas trop intempestifs, les amis, pas trop péremptoires. Mon bon Ben, cette critique de Voltaire n'est pas digne de toi, c'est du niveau de ce que nous disions quand nous avions dix-huit ans. D'ailleurs, Voltaire ne se moquait pas de Leibniz, il n'avait que faire de Leibniz, il se moquait de Pangloss. Ce sont les profs de lettre qui disent n'importe quoi à ce sujet, ils ne devraient même pas mentionner le nom de Leibniz, je ne vois pas ce que cela apporte à la lecture de Candide (ou alors, ils devraient aussi rendre justice à son oeuvre.) Bien sûr qu'on peut aimer Voltaire, et spécialement aujourd'hui où les esprits, à l'ouest comme à l'est, sont de plus en plus séduits par des fanatismes nationaux et religieux. <br /> En attendant, tu dois calmer tes nerfs avant de corriger les copies de philosophie de nos têtes blondes ou brunes. <br />  
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B
Comment peut-on aimer Voltaire? Passe encore que ce militant génereux se soit enrichi dans le commerce des esclaves, passe que l'écraseur de l'infâme invoque Dieu sur son tombeau, passe sa méchanceté et son hypocrisie avec Rousseau, on ne peut pas lui pardonner la mauvaise foi avec laquelle il caricature Leibniz pour le ridiculiser et surtout, d'avoir définitivement faussé l'idée que des millions de lycéens se font de l'auteur du discours de métaphysique avec la complicité de leurs prof de lettres. Quant à cultiver son jardin, c'est un idéal réactionnaire, individualiste et mesquin. On peut admirer le style de Voltaire, je me demande si on peut vraiment l'aimer. Je me réjouis donc de l'indifférence chinoise. Etiemble montre dailleurs comment son utilisation du tao te king se plante complétement sur le texte.
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B
On peut avoir une fibre littéraire, savoir construire une narration et même écrire pour le plaisir et ne pas aimer Voltaire. Le trouver ennuyeux, non. Les étudants de valeur, pour moi c\\\'est comme les gens intelligents, ça ne veut pas dire grand-chose, il y a des bornés dans toutes catégories. Quand on parle d\\\'un auteur, les mots sont des petits cailloux  pour vous montrer le chemin de la découverte. Il y a des gens qui ne regardent jamais plus loin que le bout de leur nez. Cinq minutes pour aimer Voltaire avec un type qui bouge, remue, dodeline et lutte, ça suffit largement. C\\\'est bien simple je l\\\'ai ressorti de ma bibliothèque.
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