Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.
En me promenant dans la partie sud de Macao, je m’assois sous un banian, devant le Théâtre Dom Petrov, dont je me mets à dessiner la façade. Un joli bâtiment vert et blanc, dont l’intérieur est interdit au public.
Deux filles au sourire plein de vie me regardent et frappent à la porte du théâtre. Elles vont faire du charme au gardien et auront la possibilité de visiter l’intérieur. Moi, victime d’une concurrence déloyale, je n’aurai qu’à me consoler avec de piètres croquis de façade asymétriques. Le gardien sort, ils engagent une conversation animée mais respectueuse. Elles repèrent mon regard insistant et s’approchent de moi. La facilité de ces jeunes Philippines pour établir le contact, c’est quelque chose. Elles ne viennent pas visiter le théâtre, mais parler avec le gardien qui est le mari de l’une d’elles. Elles parlent avec un très bon anglais. Elles s’assoient sur le banc et me racontent leur vie. Elles ont une formation d’infirmière et elles sont employées comme femmes de ménage dans une grande maison de nouveaux riches chinois. Elles aiment leur métier « parce que c’est facile », et gardent le sourire pour parler des mauvais traitements que leur infligent leurs patrons, surtout la femme et la petite fille, qui leur parlent comme des moins que rien. Elles sont clairement plus et mieux éduquées que leurs employeurs et acceptent leur sort avec philosophie. Leur charme vient de leur force ; leur dentition est remarquable, elles portent leur sourire blanc comme une armure contre les difficultés de la vie. Des dents d’êtres humains qui ne se laissent pas faire.
Je retrouverai mes deux Philippines sur le même banc, le lendemain. Elles me demanderont si les patrons français sont plus gentils avec leurs bonnes, ce à quoi je n’aurai pas de réponse tranchée.