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Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.

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Monter au temple de Mao Shan

Après une nuit à l’hôtel de Mao Shan, une nuit où nous nous sommes fait rouler par le personnel qui, au sous-sol, organise les bains et les massages, nous avons emprunté un chemin dans les bois pour atteindre le temple taoïste. Le temps était frais et la forêt de bambous, sans être inhospitalière, s’est peu à peu avérée être dense et rudement pentue. Il arriva que nous devions nous aider des bambous pour frayer notre chemin, et que mon manteau se couvrit de traînées vertes et brunes. Nous avancions dans le silence et l’incertitude.

                                                           

Nous ne pouvions pas être perdu ; monter au sommet nous apporterait la réponse, quelle que soit la question. Soudain, nous vîmes des détritus par terre. C’était la première fois que des déchets me remplissaient de joie : ils étaient la preuve d’une présence humaine. D’autres que moi, plus cyniques et moins humanistes, diraient que le pot de yaourt, le sac plastique et la bouteille de coke sont les éléments les plus distinctifs entre l’homme et le sanglier. Nous suivions avec joie ces signes d’une surconsommation absurde et dégoulinante. Plus les déchets s’accumulaient, plus notre certitude augmentait de rejoindre la civilisation. A quelques pas au-dessus de nous, un couple de Chinois nous regardait sans commentaire. Ils devaient nous prendre pour des sauvages. Nous-mêmes, interdits dans notre course par la présence tangible d’homos sapiens sapiens qui, on ne sait jamais, avaient peut-être aussi jeté négligemment leur paquet de chips dans la forêt de bambous, nous les considérions du regard. Nous étions quatre, deux européens et deux Chinois, et nous nous jaugions. Etions-nous plutôt ennemis ou plutôt amis dans la circonstance ? Nous commentions la couleur de leur peau et leur accoutrement ; ils restaient silencieux et attendaient vraisemblablement notre prochain mouvement. Nous continuâmes notre marche en leur direction, ce qui les fit déguerpir.

Nous longeâmes le mur de l’enceinte du temple et arrivâmes à une entrée, où des étals vendaient des bibelots. Un homme, habillé en moine, proposait de lire l’avenir. C’était gratuit, il suffisait d’entrer dans une guérite et de tirer au sort je ne sais quelle carte. Serge y alla, tira au sort, et l’homme sortit une feuille pliée qui correspondait à la carte de Serge. Une ou deux petites phrases qui indiquaient que irait pour le mieux dans la mesure du possible. Le moine, ou le moine putatif, car un proverbe fameux recommande de se méfier des habits de moine, le moine précisa que c’était un très bon avenir, très bon. Serge remercia et donna quelques sous. Non seulement le moine ne refusa pas, mais il était outré.

« Si peu ?

-Comment ça si peu, dit Serge. Ne m’as-tu pas dit que c’était gratuit ?

-Oui, mais regarde l’avenir que je t’ai donné.

-Tu n’as fait que lire l’avenir, tu n’es pas responsable du fait que j’ai ou non un bel avenir.

-Mais regarde, regarde le bel avenir. Et regarde ce que tu donnes ? 

-Il faudrait savoir si tu influences l’avenir ou si tu interprètes seulement. 

-Comment peut-on interpréter sans influencer ! »

Il fallait partir, cette séance de divination sentait le souffre. Le froid brouillard nous poussa violemment sur les portes d’entrée.

 

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