Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.
Une étudiante m’a écrit un email l’autre jour pour me prévenir que c’était la fête des prunus, sur la montagne Pourpre et Or, et ce jusqu’autour du vingt mars.
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Le prunus est une des quatre plantes les plus importantes de la peinture chinoise. Généralement, quatre tableaux vont ensemble, peints dans le même style et forment une série consistante. Il s’agit du bambou, de l’orchidée, du chrysanthème et de la fleur de prunus. Elles ont un sens immédiatement repérable par les Chinois, mais ardu à communiquer. Chaque plante symbolise plus ou moins les valeurs ou les vertus de l’homme de bien, ou du lettré. Je n’ai pas de certitude à ce sujet, pour avoir eu des réponses divergentes, selon que j’interrogeais des étudiants ou des adultes, des hommes ou des femmes, des lettrés ou des philistins.
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En tout état de cause, les Chinois aiment les pruniers, et les pruniers le leur rendent bien. Une promenade, à travers un parc, en est recouverte. Sans être Chinois, ni connaisseur en botanique, et à moins d’avoir le cœur froid ou des peaux de saucisson devant les yeux, on peut passer une bonne heure sur cette promenade, avec pour seuls spectacles les fleurs et les arbres. Début mars, ils sont ravissants, leurs couleurs seules peuvent émouvoir le voyageur qui, pourtant, n’est pas né de la dernière pluie. Chaque prunier varie de teinte et de ton. Et se promener est une cure de jouvence.
Les enfants et les filles quittent les chemins et vont rôder autour des troncs et des branches. L’amour des arbres et des fleurs est palpable chez ces gens. Des milliers de nankinois sont venus ici, pendant deux jours, pour nulle autre raison que pour célébrer le renouveau, le refleurissement, la beauté et le sens du prunus. Y a-t-il un équivalent, chez nous, d’une plante qu’on vénère ?
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On se photographie devant les arbres en fleurs. Ne doutons pas qu’il y ait là aussi une manière de se porter chance. Ici, tout est potentiellement un porte-bonheur.
Bien sûr, les râleurs verront dans ce défilé permanent de visiteurs un esprit grégaire hypertrophié, ils diront que les Chinois, décidément, ont répondu à un mot d’ordre et vont célébrer les prunus tel jour, plutôt que de suivre un instinct individuel et proprement esthétique. Les râleurs, vous savez comme ils sont. Le voyageur retiendra la joie des enfants, la joie des jeunes couples et l’amour de la population pour les fêtes et les célébrations.
Le voyageur restera stupéfié par l’amour simple et profond pour les fleurs. Tout pugnace qu’il est dans la négociation commerciale, le Chinois reste un être touché par les fleurs. Si on le savait plus, si on gardait cela à l’esprit, peut-être que les négociations s’aplaniraient.