Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.
Ce livre, Lettre à une jeune fille, etc., que je critique par ailleurs, comporte une qualité de taille. Les poèmes y sont écrits en chinois, puis en écriture phonétique, puis en traduction mot à mot. Après quoi, des commentaires intéressants sont donnés sur certains idéogrammes. On apprend, par exemple que le chinois classique était monosyllabique, que le verbe savoir s’y écrit Zhi, alors que le chinois moderne dit Zhi dao. Que le verbe Wang a le sens de « regarder au loin », ce qu’on retrouve aujourd’hui dans le verbe Xi Wang, « espérer ». Ces explications, pour modestes qu’elles soient, aident le voyageur à retenir le poème et, par ricochet socioculturel, à crâner, à briller et à séduire temporairement de jeunes ingénues.
Enfin, viennent différentes traductions littéraires du poème. Pimpaneau les a choisi en vertu de leur célébrité, je suppose, et du fait qu’elles représentent chacune une époque particulière. Le voyageur mesure alors la difficulté de l’acte de traduire. Il voit combien les traductions changent de siècle à siècle, et combien la tâche du traducteur est vaine, combien il est seul au monde, condamné à être sempiternellement critiqué, car son travail est nécessairement imparfait. Combien il lui est substantiellement impossible de composer un bon texte français. Le nombre des traductions assurent le lecteur du sens global du poème, et lui indique les glissements sémantiques possibles, les non-dits. Pimpaneau le met donc en position de juger en connaissance de cause, et surtout, lui donne la possibilité de créer lui-même sa propre traduction.
Et pour tout cela, pour faire partager la solitude du traducteur, de l’interprète, et celle du poète, il sera beaucoup pardonné à Jacques Pimpaneau.