Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.
Lors d'un dîner frugal, hier soir, (enfin, frugal, viande de porc cuite à l'eau, grosses nouilles translucides et légume sauvage des montagnes du nord), nous parlions philosophie antique, comme il convient à ce type de dîner.
Je fus surpris de voir combien Confucius continuait de traîner une mauvaise réputation malgré la diffusion et les traductions excellentes des textes qui le concernent. Il garde l'image d'un homme raide, strict, réactionnaire. Son nom est trop souvent synonyme dune morale du devoir, où le respect de létiquette doit primer sur tout plaisir. C'est oublier la complexité du bonhomme, son humour, ses faiblesses, même, qui le rendent bien plus humain.
Ici quelques extraits des Entretiens, traduits par André Lévy, pour le rendre attachant.
« La compréhension de la musique, cest chose possible : au départ, une attaque vigoureuse à l'unisson ; puis un relâchement qui est pur accord, fil brillant, soutenu jusqu'à l'achèvement final. » III.23.
« On ne saurait se dispenser de connaître l'âge de son père et de sa mère, d'une part pour s'en réjouir, d'autre part pour s'en inquiéter. » IV.21.
« Pourquoi a-t-on surnommé Kong Wenzi, « le cultivé » ? Parce quil avait lesprit alerte, aimait les études et navait pas honte dinterroger les gens au-dessous de lui. » V.15.
« Savoir ne vaut aimer. Aimer ne vaut y trouver joie. » VI.20.
« Lintelligence se plaît près de leau, la bonté se plaît à la montagne, lune est mouvement, lautre calme, lune bonheur, lautre longévité. » VI.23.
« Le maître ne chantait pas sil avait pleuré dans la même journée. » VII.10.
« Lorsquil entendit à Qi lHymne du couronnement de Shun, le Maître resta trois mois sans connaître le goût de la viande. « Je ne concevais pas que la musique pût atteindre un tel degré de perfection », disait-il. » VII.14.
« Sil sagit de la sainteté et du sens suprême dhumanité, comment oserais-je y prétendre ? Tout au plus peut-on dire que jy travaille sans relâche, que je lenseigne sans me lasser. » VII.34.
« A un banquet fastueux, il ne manquait pas de se lever, changer de mine et remercier.
Un coup de tonnerre, un violent orage le faisait pâlir. » X.18.
« Yan Hui ne mest daucun secours : tout ce que je peux bien dire, lui plaît. » XI.4.
Un jour quil est en compagnie de Zilu, Zeng Xi, Ran You et Gongxi Hua, Confucius leur demande ce quils désirent le plus. Le premier se voit grand chef dEtat, capable de remédier à tous les maux dune société. Le deuxième dit vouloir apprendre et se voit humble serviteur des rites. Vient le tour de Dian.
« Egrenant les dernières notes de sa cithare, Zeng Xi labandonna pour répondre : « Mon choix est tout différend de celui de mes trois condisciples.
-Il ny a pas de mal à cela ! A chacun de dire ce quil voudrait, insista le Maître.
-Mes vêtements printaniers confectionnés, aller me baigner à la fin du printemps dans la rivière Yi avec cinq ou six jeunes gens qui ont coiffé le bonnet viril, ou six ou sept jeunes garçons, puis jouir de la brise à la terrasse de la Danse pour la Pluie avant de rentrer en chantant. »
Confucius poussa un profond soupir : « Je suis du côté de Dian. » » XI.24
« Mon cher Ci, tu crois que jai beaucoup appris et que je sais quantité de choses ? Non, je ne sais quune chose, celle qui les enfile toutes. » XV.3.
« Comme Ru Bei voulait le rencontrer, Confucius prétexta quil était souffrant mais, au moment où le messager sortait, il prit sa cithare et se mit à chanter pour qui lentendit. » XVII.18.