Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.
Un mois plus tard, on pouvait lire dans la presse que Shoah avait bouleversé les Chinois, les avait remué profondément, ému aux larmes, leur avait fait prendre conscience d’une réalité de la seconde guerre mondiale qu’ils connaissaient mal. L’article de Libération commençait par la tirade en trois parties du dragueur cynique de Luluc : « J’ai honte, je suis fier, j’espère. » C’était, aux yeux de M. Haski, le journaliste, une parole représentative de ce qu’ont ressenti les Chinois lors de cette tournée de Lanzmann. N’eût-ce pas été le rôle du journaliste de préciser que ces paroles étaient prononcées par un homme sous l’emprise de l’alcool qui n’avait pas vu un quart du film en question ? Que ce commentaire intempestif, bien que sincère dans le fond, avait comme premier objectif de séduire ma jolie copine appétissante ? Ou alors, le rôle du journaliste est-il d’écrire ce que les lecteurs ont envie de lire ? Les Français, moi le premier, ont une telle passion pour Shoah, que ce qu’ils veulent entendre c’est que les peuples lointains ont été, eux aussi, cloués sur leur siège, laissés sans voix. Mais les peuples lointains ont suivi tout cela de loin, ils n’ont pas été touchés comme on aurait aimé qu’ils le fussent. Le magazine culturel branché Les Inrockuptibles a laissé à Lanzmann lui-même le soin d’écrire ses impressions sur cette tournée en Chine. Un tissu de stupidités, toute déférence gardée, dont la plus évidente est la dernière phrase. Il écrit qu’à Nankin, le souvenir du massacre de 1937 a permis aux jeunes d’entrer dans une communion quasi mystique avec lui. « Le silence était minéral » conclut-il. C’est tout simplement faux, que puis-je vous dire de plus ? Les gens parlaient, mangeaient, marchaient, pourquoi mentir ? Doit-on accepter aussi facilement que trois organes de presse parmi les plus importants de France disent n’importe quoi ? Je sais, ce n’est pas un mensonge d’Etat, cela n’aura aucune conséquence fâcheuse sur les populations, mais enfin on lit les journaux pour être informés d’une certaine réalité (les pages culturelles devant être aussi rigoureuses que les autres), pas pour entendre dire ce qu’on pouvait imaginer a priori, sans se déplacer, sans observer.
Je ne suis pas journaliste, mais ayant vu ce que j’ai vu pendant ces deux jours à Nankin, j’aurais aimé lire une article qui dise, sans blesser personne, que le film Shoah avait encore à être montré en Chine, que la rencontre entre ce film et le public chinois n’avait pas eu lieu, malgré une bonne volonté montrée par tous, Chinois, Français, institutions culturelles, ambassades. Qu’il fallait recommencer, sans se lasser, car une rencontre culturelle est quelque chose de mystérieux, de capricieux, qu’on ne peut pas réaliser sur décision politique.
Rien, tu n'as rien vu a Nankin...