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Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.

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L'enfant et la pluie

Samedi 4 septembre, il pleuvait. Du réveil au coucher, il a plu, d’une longue averse tropicale, calme, sereine. Selon l’endroit où on se trouve, la pluie est vécue comme ennui ou comme bienfait. En Irlande, elle fait partie de la vie quotidienne, mais on ne s’y fait pas, on jure contre elle, les filles ne prévoient pas de parapluie, elles veulent croire que le soleil du matin persistera, que ce sera une belle journée de printemps qui fera resplendir leur beauté renouvelée. Elles sont surprises à grimacer en milieu d’après-midi, sous les trombes d’eau qui ne durent pas longtemps.
Ici, bien qu’il pleuve moins souvent qu’à Dublin, tout le monde est muni d’un parapluie et la pluie n’énerve personne. Après tout, c’est elle qui a rendu la région fertile, la richesse du Jiangsu lui doit tout, ce qui n’est pas le cas du « Celtic Tiger ».
Ici, j’aime la pluie, j’aime la longue journée de pluie. Je reste à l’intérieur et la pluie semble me dire : « Va, tu peux lire tant que veux, je m’arrange pour que rien ne te distraie. Je ne m’arrêterai que lorsque tu auras terminé. » J’ai donc lu un très beau roman : L’enfant éternel de Philippe Forest. Je ne le conseille pas à ceux qui ont des enfants en bas âge, mais uniquement à tout le reste de l’humanité (s’il lui arrive de lire ce blog.) Je ne partage rien avec le narrateur : je ne suis pas marié, pas père de famille, pas riche, pas catholique, pas universitaire, pas du tout admiratif de Philippe Sollers. De plus, dès qu’on me parle de maladie, fût-ce d’un torticolis, je manque tomber dans les pommes. Et pourtant, génie combiné de la pluie nankinoise et de la littérature, j’ai été emporté par cette histoire de petite fille qui meurt d’une grave maladie.
Le soir, je me suis réservé une petite fête intime, solitaire, comme je sais m’en offrir. J’ai mis le livre sous ma chemise, fait entrer ma chemise dans mon pantalon, j’ai enfilé ma grande cape imperméable et je suis allé me promener à vélo dans la nuit et la pluie tombantes. Mon esprit, calmement, passait du souvenir du livre que j’étais en train de lire au restaurant qu’il me fallait choisir. Je resserrais le plus possible la tension entre passé et avenir, plaisir littéraire, plaisir du palais, les deux concentrés en moi, se mêlant aux impressions de la ville en mouvement. J’ai continué ma lecture dans le meilleur restaurant italien de la ville, Bella Napoli. Pour lire, la pizza est ce que je préfère car on la mange d’une main tandis qu’on tient son livre de l’autre. Que les autres clients mangent avec des fourchettes et des couteaux m’est profondément indifférent. Je sentais que les quelques Italiens présents, accompagnés de leur épouse chinoise, m’approuvaient silencieusement.
Une jeune Américaine, à la table voisine, faisait trop de bruit, elle parlait excellemment chinois, avec deux amies, et voulait que tout le monde le sache. Je la regardais, sans envie et avec désolation. Les exhibitionnistes, tout pénibles qu’ils sont, sont tellement fragiles. Son visage ne tenait pas en place, son excitation et ses rires sonores n’étaient pas communicatifs, ses amies chinoises restaient de marbre et mangeaient poliment.
L’enfant éternel avait des chapitres tellement émouvants que c'etait, par moment, difficile de garder le livre en main. Ou simplement, des phrases, des observations, m’obligeaient à lever la tête et regarder ailleurs, dehors, la pluie tomber, ou mon Américaine. Ce bouquin tirait des larmes au dur à cuire que je suis. Il était temps de rentrer chez moi me faire bercer comme un enfant par la musique de la pluie sur les vitres.

 

 
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S
J'avais lu "baguettes" à la place de "fourchettes" et je me demandais bien comment on pouvait manger une pizza avec des baguettes. Franchement, ça m'en bouchait un coin - jusqu'à ce que je relise.... Finalement, déception.
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