Overblog Tous les blogs Top blogs Tourisme, Lieux et Événements Tous les blogs Tourisme, Lieux et Événements
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.

Publicité

Francois Jullien

Pour la première fois, je fais un appel aux lecteurs de ce blog. Que pensez-vous, en quelques mots de François Jullien ? Certains amis me manquent pour en discuter. Quelqu’un comme Ben, qui a tout lu sur la Chine, et dont la culture philosophique est vaste, saurait en parler, autour d’une bière.

Je suis dans un dilemme. Je trouve ses livres assez intéressants, leur lecture n’est pas inutile, on y glane des informations, des citations, des lambeaux de théories qui font réfléchir.

Mais des choses me chiffonnent. J’ai toujours cru que Jullien était un sinologue distingué, c’est ce que les articles de presse laissent penser. Or, les sinologues disent qu’il est avant tout philosophe. Et les philosophes, évidemment, pensent qu’il est sinologue. Il se tient à la frontière entre ces deux disciplines, ce qui est lui permet de dire des banalités qui se donnent des airs, soit de pensées profondes (ce qui n’est jamais le cas), soit de rares découvertes (qui sont en fait  choses très connues du moindre étudiant en chinois.) Et quand ce ne sont pas des banalités, ce sont des approximations.

Un exemple : la fadeur, à laquelle il a consacré un petit livre.

C’est une notion intéressante, mais Jullien y range trop de choses. Sous prétexte qu’on trouve chez Lao Zi et chez Confucius une utilisation de la fadeur pour illustrer une idée, Jullien l’étend à quasiment tout. L’équilibre devient fade, l’harmonie devient fade. Une musique est dite fade parce qu’elle est jouée en sourdine, parce que les sons, étant peu expressifs en eux-mêmes, donnent une impression de surplus de son.
Un très beau passage des Entretiens de Confucius est invoqué, où le maître dit que son désir serait de se baigner dans une rivière, de chanter et de danser. Je ne suis pas convaincu une seconde que cela soit fade, quelle que soit la définition qu’on en donne. 
Meme chose pour cette anecdote : un homme joue d’un luth sans corde. Il n’y a pas de son, certes, mais est-ce au même titre que la fadeur qui n’a pas de saveur ? Pour moi un homme qui joue d’un luth sans corde, c'est savoureux, c’est de l'art contemporain, une sorte de happening new yorkais, mais dans les brumes de Tai Shan. C'est du John Cage, du Fluxus avant l’heure !

J'y pense : Nam Jun Paik, il était bien coréen ? Son travail artistique des débuts, avec des pianos et des violons qu'il détruisait sur scène, cela venait peut-être d'une conception chinoise de la musique sans corde et du geste vide... Je ne sais pas trop si ce type d'hypothèse est à creuser.

Mais peut-être que les intuitions de Jullien m’auraient plu si elles avaient été écrites dans des formes de petits essais, de tentatives modestes, des sortes de théories portatives, au lieu de donner dans un style universitaire, grandiloquent et vain.

Enfin, voilà, j’ai vraiment besoin de l’opinion de ceux qui en ont une sur le sujet.
 
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
P
Cher Guillaume,<br /> j'ai lu avec grand intérêt (en cherchant sur google des références à François Jullien, dont je voulais recommander la lecture à mes filles exilées) votre article sur François Jullien, et les commentaires qu'il a sucité. J'y ajoute le mien (de commentaire) parce que c'est la loi du genre: François Jullien est un homme charmant, soucieux de s'adapter à son public (j'ai assisté à des conférences qu'il donnait dans un cadre professionnel), et qui se conforme tout à fait aux idées qu'il développe dans son "traité de l'efficacité": recherche "discrète" de la maximisation du potentiel (pour ce qui le concerne: une position universitaire, mais aussi dans le champ des affaires -il conseille des industriels souhaitant contractualiser avec des chinois- et sans doute aussi dans le champ politique -conseiller des princes-.). Je ne suis pas assez érudit pour savoir si ce qu'il dit est original, mais c'est en tout cas intéressant. Sa dernière publication "conférence sur l'efficacité" est très facile à lire (destinée à un public de businessmen, elle est moins universitaire dans son style que ses livres-), et ce qu'il dit est intelligent et de bon sens: que demander de plus à un philosophe?<br /> <br /> PS: merci à Jean-Luc Delattre pour sa page panegeryque de François Jullien, et aussi pour sa homepage http://www.kevembuangga.com/jld/fr/ sur laquelle j'ai fait beaucoup de découvertes intéressantes (il n'y a pas que Francois Jullien dans la vie...)
Répondre
G
Cher JLD, merci pour votre commentaire. Je suis alle sur la page du site que vous citez dans le commentaire. Cela m'a ete tres profitable car cela confirme definitivement l'intuition que j'avais. Vous proposez un lien qui mene a une interview que Jullien a realisee au Japon. Il dit clairement qu'il n'est pas un vrai sinologue, c'est-a-dire qu'il ne fait de la sinologie que "par detour", pour interroger la philosophie occidentale. Son but n'est pas de faire "comprendre" la Chine ancienne, mais, en parlant de la Chine, de faire un travail critique sur la philosophie occidentale. La question n'est donc pas de savoir s'il est bon sinologue, mais s'il est bon philosophe. Or, ses idees fondamentales, d'autres les ont dites, en Europe, depuis l'antiquite grecque pour certaines, depuis cent ans au moins pour d'autres. Il donne une image caricaturale de "la" pensee occidentale a quoi il oppose "la" pensee chinoise. Il feint d'oublier tout ce que l'Europe avait deja critique et propose, a toutes les epoques, comme alternatives a la pensee dominante. Qu'on donne une idee, une seule, chez Jullien, qui soit originale a la Chine. On trouvera un grand penseur europeen qui l'a eue aussi.<br /> Ses livres sont pourtant interessants, mais dans des details, des passages, des moments inattendus, des rapprochements stimulants. Comme dit Ben, on le lit avec profit, meme si son projet global est tres discutable.<br /> Vous demandez des suggestions : mais les plus grands, que vous connaissez sans doute puisque vous vous interessez a la Chine depuis plus de quinze ans : F.Cheng pour la poesie des Tang et la peinture, J.F. Billeter pour la pensee, A. Levy et P.Ryckmans (qui a ecrit, sous le pseudo de Simon Leys, des essais sur la culture et la politique contemporaines absolument formidables.)Ceux-la sont tous des traducteurs, d'ou une connaissance tres intime des textes.<br /> Bien a vous.
Répondre
J
" Jullien a tendance a utiliser tout ce qui lui vient pour traiter de tout ce qu'il veut"<br /> <br /> Oui, et alors?<br /> Avant de donner dans l'enculage de mouches "à la française" (c'est à dire en mettant des gants de boxe pour tenir la mouche) il serait souhaitable d'essayer de *comprendre* à quel point la vision du monde chinoise (ancienne s'entends, pas celle de nos plus ou moins sympathiques restaurateurs et capitalo-communistes actuels) est éloignée de notre propre vision occidentale et difficile d'accès.<br /> Je n'ai pas, pour l'instant, trouvé mieux que François Jullien:<br /> http://www.kevembuangga.com/jld/fr/jullien.html<br /> <br /> D'autres suggestions?<br /> Qui ne soient pas des "élucubrations intello pédantes"...<br /> <br /> JLD<br />
Répondre
G
Oui, Jean Francois Billeter, la, c'est une autre farine. Je croyais en avoir deja parle sur ce blog, mais apres verification, non. Ses Lecons sur Tchouang Tseu sont un modele d'interpretation eclairante. Lui aussi a lu son Deleuze, je pense, mais a l'inverse de Jullien, il n'en garde qu'une puissance d'analyse, une sobriete dans l'ecriture et une capacite a etre a la fois conceptuel et concret qui est proprement rejouissante. <br /> La reference a Wang Fuzhi, chez Jullien, est la aussi suspecte. C'etait deja le cas dans Creation et Proces, qui lui etait entierement consacre, et qui etait une maniere de dire des idees peu originales (et quand elles etaient interessantes, elles ne necessitaient pas cette reference) sous l'apparence d'une recherche exigente sur un maitre un peu obscur.<br /> Merci pour cette citation, Ben, et le commentaire qui va avec. Je ne sais si un autre lecteur va oser s'y coller apres cela. On pourrait se demander cependant quel est le rapport avec l'efficacite, mais comme je l'ai dit, Jullien a tendance a utiliser tout ce qui lui vient pour traiter de tout ce qu'il veut. Le motif du dragon, il l'aurait utilise aussi bien pour illustrer la notion de fadeur, celle de proces, etc.
Répondre
B
Ton blogue va se couvrir d'élucubrations intello pédantes .Fallait pas me provoquer.Deux sinologues à lire, à mon avis: J.F. Billeter et Jean Lévi.Pour revenir à Jullien, ses réferences dans le "traité de l'efficacité en Chine" sont plutot Wang Fuzhi et Sun tzu.Je voudrais citer, dans cet ouvrage,"le motif du dragon":"Ce corps ondoyant du dragon nous enveloppe de tous cotés.C'est lui que nous contemplons dans les courbes et les sinuosités du paysage,...à la cambrure de ce corps, là où la pente s'infléchit, on perçoit une accumulation de la vitalité; tension qui s'exprime encore à travers le tronc lové du pin solitaire s'étirant vers le ciel avec sa carapace de vieille écorce, toute couverte de lichen. Celui-ci élève son corps de dragon en un mouvement spiralé prenant appui sur l'immensité du vide jusqu'à la voie lactée.A la cambrure se condense toute la force repliée du déploiement à venir, et le mouvement esquissé en un sens appelle de lui meme son propre dépassement par un retour en sens inverse." Moi je trouve ça très beau.Le symbole du dragon est un truc "pop"qui s'oppose à celui de la Croix:au schema horizontalité-verticalité,transcendance-immanence,union-élèvation, il oppose une ligne de fuite erratique et discontinue(la brume cache la courbe des montagnes),c'est le déploiement de la force dans la fuite et la feinte contre l'union autour des valeurs.Le dragon, c'est l'errance sans intériorité triste.<br /> D'un autre coté,le dragon,toujours flexible, un peu visqueux, pas franc du collier,se love dans la moiteur, c'est son coté chibre mou.
Répondre