Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.
Je n’ai pas peur d’affirmer que j'aime l’opéra Kunqu. C’est plus dépouillé, plus incompréhensible, plus archaïque que l'opera de Pekin. L’autre soir, c’était une soirée d’hommage à une diva, semble-t-il de grande importance : madame Kong Ai Ping. Elle joua les rôles principaux de toutes les scènes proposées.
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Les dialogues parlés sont parsemés de mots prononcés en montées chromatiques très aigues. On se demande pourquoi, un jour, des artistes se sont mis à trouver sublime de parler en faisant le même bruit que des sirènes de pompiers. Il se trouve que ça vous transporte, au bout de quelques minutes. Loin de vous casser les oreilles, leurs longs gémissements vous hypnotisent.
Les chanteuses, parfois, chantent mezzo voce alors que l’orchestre ne change rien à son volume sonore. Les voix poursuivent leur mélodie à la limite de l’inaudible, puis deviennent parfaitement inaudibles, avant d’être perçues à nouveau. J’adore ces moments d’incertitude musicale, où le spectateur imagine le chant plus qu’il ne l’entend.
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C’est un art féminin, un art très féminisé. Un duo de femmes, une en bleu, une en blanc, dégage une tendresse dans les gestes et les voix, une lascivité presque lesbiennes. Soudain, un homme terrible entre en scène. Les femmes fuient. Après une longue danse, il chante d’une voix de châtré.
Dans un récitatif, il exploite toutes les ressources de sa voix, du plus grave au plus aigu, mais de manière si intriquée dans la phrase que si on ferme les yeux, on croit entendre une conversation à deux ou trois personnes.
La musique reprend. Il se met alors à chanter avec la mélancolie d’une femme. On apprend qu’en réalité il est le mari de la femme en blanc et qu’il est effrayé par sa belle sœur, qui n’est autre que la femme en bleu. On le serait à moins : elle n’a de cesse de vouloir le transpercer de son glaive. La belle sœur se comporte en garçon manqué, elle prend des poses martiales, arrogantes. L’épouse essaie de réconcilier sa sœur et son mari mais la belle sœur reste inflexible. Elle croise les bras, elle lève le nez, elle détourne la tête. Les deux époux ont beau pousser des cris d’ambulance, elle ne bouge pas d’un pompon.
Il faut dire qu’en effet, les belles sœurs, parfois, franchement.