Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.
L’île au cœur de la rivière (3)
Nous quittons les bateaux pour nous enfoncer au cœur de l’île, traversée de rivières. Un pêcheur tantôt s’accroupit, tantôt se lève.
Sur une route centrale, quasiment un boulevard, deux ou trois forgerons, torse nu, donnent de grands coups de marteau sur des morceaux d’acier rouges. Le brasero brûle à côté. Nous arrêtons nos bicyclettes pour les regarder. Ils s’arrêtent un instant, nous regardent à leur tour, sourient et reprennent le travail. C’est l’avantage de ce pays ; comme ils nous fixent du regard autant qu’ils veulent, dans la rue, ils ne sont pas dérangés par l’idée d’être regardés.
![]()
Je descends de vélo et m’approche d’eux pour les prendre en photos. Le chef vient vers moi et me demande comment je m’appelle. Je lui dis mon nom chinois, il répète et s’en retourne à son enclume. Il en sait assez sur moi. Pas tout à fait cependant, il m’adresse la parole à nouveau, mais silencieusement, en traçant des idéogrammes sur le sable. Trop mauvais lecteur, je lui demande de poser la question oralement. Sans surprise, il me demande de quel pays je viens. Cela devient l’information de la journée, hilarante pour toute la population qui nous a déjà rejointe.
![]()
Nous traversons des vignes, des petites rues, nous croisons une population assez jeune qui semble de bonne humeur. Je suis forcé d’admettre que je me suis trompé, les femmes sont non seulement présentes sur l’île, mais on en croise fréquemment de beaux spécimens. Sur l’un des ponts, le voyageur en voit une se laver les cheveux dans l’eau d’une des rivières. Les autres conduisent des deux roues, font du feu pour le dîner.
![]()
On ne perdrait pas son temps à habiter sur l’Île au cœur de la rivière, pendant une année, à observer et décrire la vie, la vie bariolée de cette humanité un tiers marine, un tiers paysanne, un tiers citadine. D’une petite maison qui borde le fleuve, un mécène fera une résidence d’écrivains où viendront s’essayer les descendants d’André Dhôtel et ceux de Victor Hugo.
![]()