Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.
L’autre jour, une collègue me demande des nouvelles de ma mère. Je lui assure qu’elle se sent très bien, qu’elle trouve les Chinois sympathiques et la vie ici agréable. Or, mon but est de lui parler de la faculté d’adaptation de ma mère, de son sens de la tolérance et de son ouverture d’esprit, non de signifier que les Chinois sont sympathiques, car ils le sont, mais pas plus que n’importe quelle autre nation. Ma collègue répond que c’est naturel, que ses compatriotes sont tellement accueillants que c’est du gâteau de s’intégrer ici. Elle ne connaît visiblement pas toutes les Européennes qui quittent le pays dès qu’elles le peuvent, ni celles qui, parlant pourtant chinois, en arrivent à détester les gens qu’elles côtoient, ni celles qui se retranchent dans les bars pour étrangers.
Non, chère collègue, le fait est que ton peuple possède l’hospitalité que l’on trouve dans toutes les sociétés encore un peu traditionnelles. Le fait est que toutes les civilisations sont accueillantes, dans leur principe, sinon elles ne seraient pas civilisées, dans la mesure même où elles sont guerrières et un peu impérialistes. Le fait est que les pays qui se modernisent perdent une bonne part de cette hospitalité, pour une raison qui ne me regarde pas. (Va en Irlande, tu verras ce que je veux dire.) Le fait est que le voyageur doit faire un effort particulier de l’imagination et des nerfs pour apprécier à leur juste valeur les manières des populations locales. Le fait est que ma mère est une extraordinaire petite femme qui affronte toute seule la plus vieille civilisation du monde, le peuple le plus nombreux, l’esprit curieux et le sourire pour toute méthode de communication. Si c’est un signe que les Chinois sont de bons bougres, c’en est aussi un de la puissance de qui sait avancer, sans assurance, les mains ouvertes.