Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.
Le musée Lu Xun de Pékin n’était, en réalité, le samedi 12 novembre 2005, qu’un site hybride contenant l’ancienne résidence du grand écrivain. Les autres bâtiments étaient consacrés à d’autres expositions. On m’agrippa au sortir du taxi. « Vous venez voir l’exposition au musée Lu Xun ? » Tout à fait, c’était mon intention. La bonne femme me fit passer sans payer de billet, et m’emmena dans une salle remplie de caricatures d’hommes politiques. On me présenta l’artiste, une jeune femme très mal maquillée. On s’affairait, c’était le début de la journée et, dès neuf heures, un étranger, un vrai, qu’il fallait photographier en train de signer son nom sur le long papier déroulé à cet effet. Après avoir signé, je demandai où était le musée. On me répondit de regarder les tableaux de la jeune. Sans vouloir montrer de mépris pour son travail, je refusai de me faire dicter ma conduite et insistai ; je dis : « Lu Xun », plusieurs fois, mais ils ne semblaient pas comprendre. Ils demandèrent à une femme de ménage qui passait. Celle-ci réfléchit et montra deux directions. D’un côté c’était les toilettes, de l’autre, c’était ce qu’on appelle l’ancienne résidence de Lu Xun.
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Un pavillon qui frappe par sa modestie, l’exiguïté de sa cour. Quatre parties de maison qui se font face, en carré, au centre duquel quelques arbres ont à peine la place d’aller chercher le soleil. Pour cette raison, j’ai trouvé l’endroit poignant. Le héros, le géant intellectuel de la Chine vivait dans une maison juste assez grande pour ses besoins fondamentaux et ceux de sa jeune épouse (tout le monde sait qu’il s’est marié, en seconde noce, avec une de ses étudiantes) : écrire, lire, se laver, se reposer, dormir. Il y a même, de l’autre côté de la cour, un salon, pour recevoir. Je n’y ai pas vu de cuisine, ni de toilettes, mais cela devait être sur les pavillons de côté qui, aujourd’hui, hébergent des gardiens et des documents d’époque (dont des couvertures de premières éditions des livres du maître qui sont très belles, de style Art déco.)
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L’importance réelle de Lu Xun, dans la vie des lettres de son époque, ne devait pas se traduire par une fortune personnelle exceptionnelle ; ou alors, comme je l’imagine, il aimait la modestie, vivre sur un petit pied convenait à sa nature rigoureuse et sombre. Je ne veux pas le tirer à moi, mais je le vois bien défendre l’idée que la précarité est la seule condition vivable pour le sage.