Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.
Le voyageur, au sortir du musée Lu Xun, pourra emprunter la première à gauche et déambulera dans de très beaux Hutongs, les fameuses ruelles de Pékin. Les maisons sont basses, à la limite de l’insalubre, les toilettes communes dégagent une odeur entêtante, mais qui fleure l’idéal de la vie humaine de quartier. Des crieurs, juchés sur leur vélo remorqueur, appellent à eux des denrées qu’ils récupèrent, ou offrent leurs services pour des travaux manuels de circonstance. Le voyageur ira au hasard, il aura une heure ou deux devant lui.
Ces ruelles sont les choses les plus poignantes à visiter, à Pékin comme dans toutes les « villes chrysalides », car elles sont un trésor de vie et de culture et qu’elles sont détruites, les unes après les autres, non pas par les Japonais, non pas par les forces franco-britanniques ni par les « huit royaumes » du début du vingtième siècle, mais par le gouvernement chinois qui, pour le coup, construit des complexes sportifs et hôteliers pour la venue des Jeux Olympiques de 2008. Les J.O. ne font que précipiter un phénomène qui aurait lieu de toute façon.
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Le voyageur, à sa vieille habitude, lèvera le nez et regardera les toits. Il verra que des maisons extrêmement modestes, avec leur toiture ondulée et courbée, étaient des habitations tout à fait dignes il y a cent ans.
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Une impasse attirera ses regards ; dans le fond, un toit s’avance, exhibant de petits animaux de pierre sur ses crêtes. Les charpentes sont peintes, sans doute rafraîchies récemment par le propriétaire, s’il y en a un. C’était un temple, autrefois, ou une maison de maître, mais certainement un temple, le voyageur en aura une confuse certitude. L’odeur d’encens tout autour solidifiera son impression.
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Au-delà du toit, il apercevra la grande Stupa blanche.
La Stupa est visible, au loin, dès la sortie du musée Lu Xun, elle s’élève très haut. Le voyageur peu circonspect croira que c’est le même lieu de culte que celui du parc Beihai, mais il fera erreur, le voyageur, comme ça lui arrive si souvent. C’en est un deuxième, de forme et de couleur à peu près identiques. Ou peut-être parfaitement identique, je ne suis pas spécialiste des Stupas. Une forme curieuse, un empilement de formes géométriques simples dont on devine qu’elles portent une symbolique sur laquelle les fans de bouddhisme peuvent déblatérer sans peine, le tout constituant une tour blanche qui n’est pas sans rappeler des ouvrages de béton de nos modernistes occidentaux. Cette architecture népalaise a quelque chose de lourd, d’endormant et même de révoltant. L’esprit, à sa vue, oscille entre le simple rejet et une attirance fascinée. Il faut en voir plusieurs, et surtout plusieurs fois, pour admettre d’abord cette grosse chantilly, puis pour lui trouver un charme, une classe extraordinaires.
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A force de girations et de déambulations, le voyageur arrivera devant le « Temple de la stupa blanche ». Il paiera les vingt yuans de l’entrée et regardera les Bouddhas qui rigolent comme de gros bébés, les divinités aux bras innombrables, les milliers de statuettes en or conservées dans un des pavillons, la statue de l’architecte népalais de la Stupa et, enfin, une exposition retraçant l’histoire de ce temple, dont la fondation remonte au grand Mongol Qu bilai Khan, pratiquant, comme tous les Mongols de son temps, le lamaïsme tibétain.
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Au bout de l’exposition, une grande affiche : une image de synthèse montre ce que sera le quartier d’ici deux ans. Le Temple de la Stupa blanche, toiletté, trône au centre de l’image, et tout autour, des complexes sportifs et des immeubles flambant neufs. Un coup d’œil suffit, les rues que le voyageur aura parcourues une heure plus tôt ont fait place, sur l’image, à du neuf et du sportif. Un quartier est rasé, virtuellement aujourd’hui mais réellement demain, alors que le voyageur lit un commentaire qui fait état des « Jeux humains » qui vont arriver en 2008, en vue desquels la « préservation du patrimoine » fait figure de priorité pour la ville de Pékin.
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