Overblog Tous les blogs Top blogs Tourisme, Lieux et Événements Tous les blogs Tourisme, Lieux et Événements
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.

Publicité

Yuan Ming Yuan

Le dimanche 13 novembre 2005, de sept heures à neuf heures du matin, j’ai hésité entre aller visiter les ruines de Yuan Ming Yuan et aller aux tables rondes proposées par l’ambassade de France. Avec le recul, je me demande pourquoi j’hésitais. Je devais avoir, enfoui dans un repli de mon âme, un reste de conscience professionnelle qui faisait de la friture sur les lignes pures de mon désir de tourisme culturel. Ce n’est qu’en revenant d’un petit déjeuner dont ma mère peut témoigner de la médiocrité, des frites froides, du lait de soja au goût de tabac, des légumes qui baignaient dans le vinaigre, que je me décidai à sécher les tables rondes. Peut-être la qualité du petit déjeuner a-t-il joué un rôle dans ma prise de décision – sait-on jamais entièrement ce qui motive un homme ?

La première fois que j’entendis parler de Yuan Ming Yuan, c’était un étudiant qui me conseillait de m’y rendre alors que j’allais à Pékin quelques jours plus tard. Tous, dans la classe, savaient de quoi il était question. Un palais merveilleux, un trésor de l’humanité, au nord de la ville, construit au temps des Qing. Les historiens rapportent qu’on y trouvait des meubles, des objets d’une telle magnificence que même Versailles pâlissait en comparaison. Les Français et les Anglais se sont unis, à la fin du dix-neuvième siècle, et ont tout détruit. L’étudiant, de raconter cela, ça le rendait mélancolique. Les yeux perdus dans le vague, il faisait la liste des qualités insignes de l’ancien palais d’été. Il disait que les pyramides, le Louvres, les châteaux de la Loire, c’était de la petite bière à côté. Il se répétait un peu, comme quelqu’un qui est sous le coup d’un chagrin d’amour : « Ah non mais Yuanmingyuan, c’est, c’est… » Puis il faisait preuve de mansuétude à mon égard, il disait qu’il pouvait comprendre les troupes franco-anglaises. Si elles n’étaient pas heureuses, on pouvait concevoir qu’elles forcent le passage et prennent leurs aises sur place, et qu’en partant elles volent deux ou trois objets de valeur, histoire de rapporter des souvenirs. Tout, il pouvait tout comprendre, mais là, piller puis brûler jusqu’à la moindre poutre, et enfin mettre à terre jusque la moindre colonne, c’était d’un acharnement inexplicable, et, pour tout dire, un peu risible. De fait, une sorte d’hilarité prit mon étudiant et il riait en répétant les exactions commises par les diables d’étrangers. Je lui accordais sans mal qu’en effet, il y avait de l’abus de notre part. « Ah non, vraiment, Ah ! Ah ! Ah ! Non mais Yuanmingyuan… »

              pekin-mp-nov05-020.jpg                  pekin-mp-nov05-027.jpg                 pekin-mp-nov05-022.jpg

Yuan Ming Yuan, je pense que c’est unique au monde, est un grand parc vide, où même les ruines sont rares. La plus grande partie du territoire respire la désolation, des étangs à moitié remplis d’eau, des saules pleureurs en grande quantité. Les rares constructions que les voyageurs rencontrent sont récentes et devancés d’une pancarte qui  raconte qu’autrefois il y avait à cet emplacement une tour impressionnante ou un pavillon d’une beauté incomparable. Une tour, ajoute la pancarte, un pavillon, qui fut détruit par les armées franco-britanniques. Toutes les pancartes, sans exception, font mention des forces franco-britanniques sans, d’ailleurs, qu’on soit informé, à aucun moment, de ce qui avait excité leur courroux. Je mentirais si je n’ajoutais pas que, de baigner dans une telle ambiance, ma mère et moi ne sentions pas remonter du fond de notre cœur une agressivité propre à notre nature guerrière. Ainsi, une buvette construite de bambou, c’était de la provocation pour nos instincts pyromanes. J’éloignai ma mère de tout ce qui pouvait réveiller en elle les tendances meurtrières qui constituent le triste fond de notre triste race.

               pekin-mp-nov05-024.jpg               pekin-mp-nov05-025.jpg              pekin-mp-nov05-026.jpg

Je dis que c’est unique au monde, mais je peux me tromper : connaissez-vous une autre capitale qui, malgré les demandes du marché, le prix du terrain, etc., laisse en jachère un terrain de sept mille mètres carré dans le seul but de rappeler à la population que les étrangers ont été terribles ? Je ne crois pas qu’il y ait un tel sacrifice d’espace pour les crimes de guerre des Japonais. Il y a des mémoriaux, certes, mais qui sont grands comme des musées. Pour ma part, je trouve cela formidable, car c’est un parc d’un romantisme sans pareil, dédié à la décrépitude, à la déchéance et à la mort de toute chose. C’est le Requiem, la Vanité et le Memento Mori des jardins chinois.

                              pekin-mp-nov05-021.jpg                                       pekin-mp-nov05-023.jpg

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
G
C'est vrai, comment? Et comment un vin peut-il sentir la banane et la noix?
Répondre
B
Mes propres souvenirs sont bien obscurs.Mais comment du lait de soja peut-il avoir le goût du tabac froid?
Répondre
G
Mais mon bon Ben, le chateau de Heidelberg a ete reconstruit en partie, si mes souvenirs sont bons, et le centre ville historique (du 14eme ou du 15eme, je crois) entierement refait. Ou est-ce que je me trompe?
Répondre
G
oui où l'arbre qui cache la forêt !! ah ah ah !
Répondre
B
Tout cela me rappelle les ruines du château de Heidelberg, t'en souviens-tu mon cher, que les Allemands entretiennent avec amour pour commémorer la sauvagerie des troupes françaises qui le détruisirent pendant la Guerre de Trente Ans, aprés avoir "traversé le Rhin et pillé le Palatinat, les fiers dragons de Turêène", comme dit fiérement la chanson: ça doit être une habitude des corps expéditionnaires de notre glorieuse armée. Mais c'est peut-être aussi un peu la paille qui détourne l'attention de la poutre dans l'oeil Chinois, que furent les destructions d'un passé plus proche.
Répondre