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Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.

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Lecture à haute voix

Quand j’étais petit, ma mère me lisait des livres pour m’endormir, ou pour me divertir, ou pour se divertir. Elle me raconte aussi que, les jours où je n’avais pas fait mes devoirs, c’est-à-dire tous les jours, elle me lisait les choses que j’étais censé avoir lues et étudiées pendant la semaine écoulée. En sixième, en cinquième, des contes de Marcel Aymé, des romans d’André Dhôtel, des poésies. De là me viendraient à la fois le goût de la lecture à haute voix et une mémoire extrêmement sélective mais étonnamment pointue et fiable sur certains points. Il paraît que j’écoutais ce que ma mère lisait en m’habillant, en mangeant mon petit déjeuner, une heure avant de partir à l’école ou au collège.

Avec mes petites copines, j’ai renouvelé, avec plus ou moins de succès, cette pratique de la lecture. La voix d’une femme que j’aime colore la littérature, fait communiquer des choses qui sont d’ordinaire étanches : une femme, un homme, un livre, de la pensée, de la poésie, du rythme. J’aime écouter de la musique tout seul et lire en couple ou en société. J’introduis de la communication dans une activité qui est habituellement solitaire et silencieuse. A Lyon, j’ai lu entièrement Le jardin d’Eden d’Hemingway, avec mon amie de l’époque. Nous nous le lisions jour après jour, pas une page du roman n’a échappé à la règle. Cette histoire sensuelle et terrible sur la Côte d’Azur, à l’époque elle n’était pas touristique, faisait frissonner mon amoureuse, elle se cachait sous les draps lorsque le personnage féminin revenait d’une course les cheveux rasés. Les frissons me gagnaient aussi, et jamais le projet littéraire d’Hemingway n’avait été aussi bien ressenti, vécu.

Plus tard, dans d’autres villes, quand une autre compagne était fatiguée de lire, ou qu’elle avait mal aux yeux, je lui lisais un ou deux chapitres. Cela me donnait l’occasion de relire certains livres (chose qu’il faut faire le plus possible car on ne voit bien qu’à la deuxième vision, il faut qu’une lecture se dédouble) ou de les entendre avec une autre voix, donc une autre conscience, une autre interprétation.

L’autre jour, ma mère, qui partage ma chambre d’hôtel pour quelques mois, m’a lu des chapitres de L’enfant éternel de Philippe Forest. C’était bouleversant. Sa voix, son timbre, sa prosodie qui n’ont pas changé depuis sa jeunesse, me ramenaient à mes cinq ans, mes dix ans, tandis que le récit parlait magnifiquement de l’enfance. Une expérience.

Quand, moi, je lui fais la lecture, ma mère s’endort au bout de deux pages, ma voix doit avoir quelque chose de soporifique.

Hier, je suis allé préparer un cours dehors, au soleil. Je me suis assis sur un talus, à côté d’un vieillard à la longue barbe blanche. De tout petits enfants jouaient près de nous. Comme ils faisaient un peu de bruit, j’ai commencé à lire les extraits de romans que j’avais en main à haute voix. Par moments, je m’assurai de ne pas importuner mon vieillard ; il ne m’entendait pas, semble-t-il. Au milieu d’une page des Vies minuscules de Pierre Michon, une gamine, tenue par sa grand-mère, est venue vers moi, s’est agrippée à mon pantalon. Je continuai pour elle, avec une voix mélodieuse, l’histoire de la famille limousine. Elle me témoigna une grande tendresse, me tendit les bras. Je la soulevai et posai ses fesses nues sur mes genoux. (Les petits enfants ont des pantalons au fond ouvert, pour leur permettre d’uriner sans se deshabiller.) Le pouvoir de la voix tout de même. La grand-mère eut peur que l’enfant me salisse, alors elle l’emmena. La gamine partie, je repris la lecture de Michon.

 

« Ce lieu venteux m’attend. Ce père sera le mien. Je doute qu’il y ait jamais mon nom sur la pierre. Il y aura de mauvaises récoltes de blé noir, et encore du vent. »

 

 

Une fois la lecture terminée, je me retournai vers mon vieux voisin. Il dormait comme un bébé. Voilà, c’est un don que j’ai : j’endors les vieux.

 

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G
C'est trés interessant ce que tu dis là, cela me fait penser à une page de Quignard des "Petits Traités" sur la lecture silencieuse chez Saint Augustin. Voici un passage : " Parler est affecté d'enfance quand lire et écrire se font muettement. Ce sont des chansonnettes d'enfants qui jouent. La parole orale devient comptine, quand l'extase devient silencieuse."<br />
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