Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.
Dans les parcs, certains mois de l’année, les jeunes chanceux qui ont trouvé chaussure à leur pied s’habillent de blanc et vont se faire prendre en photo pour se confectionner des albums où le kitsch est indescriptible.
Ils prennent de poses éthérées, les hommes le menton sur un poing, les yeux scrutant l’horizon. Les femmes regardent en l’air.
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Ils viennent s’exhiber, alors le voyageur a tout loisir de les prendre en photo. Mes amis chinois me disent que je peux me le permettre car je suis étranger, un compatriote serait refoulé ou bousculé.
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Même un sceptique comme moi, en voyant ces couples fringants, est sensible à ce qu’ils dégagent. J’ai beau savoir – ou du moins penser - que le mariage n’est pas le lieu du bonheur, et même qu’il n’a rien à voir avec l’amour, qu’il est avant tout un arrangement à l’amiable, une convention sociale, un contrat d’entraide, je suis comme tout le monde, la vision de deux jeunes gens qui sourient en se prenant le bras me ramène à des clichés de bonheur durable. C’est en retournant à ma promenade grognonne que la réalité me revient à l’esprit, que je reprends conscience des égoïsmes, des désirs d’amour à sens unique qu’hébergent les gens d’aujourd’hui. Et mon cœur se sert au spectacle de ceux qui se marient en pensant avoir réglé, acquis quelque chose.
Je suis aidé, dans mon entreprise intérieure de démystification, par le nombre de Chinois qui se photographient. La rareté s’accorde au sacré, la multitude au galvaudage. Ils viennent au parc en bus, on en trouve parfois des grappes qui attendent que le photographe répare un pépin sur son immortaliseur de cliché.
Je ne voudrais pas me faire mal comprendre. Je crois au mariage et, dans une certaine mesure, je ne suis pas loin de croire à l’amour, enfin une sorte d’amour, qui ne s’arrête jamais. J’aime l’idée de mariage en ce qu’elle est un pur délire contre-nature, la tentative des hommes de croire qu’ils seront capable d’être fidèle à une seule personne, alors que leur corps les pousse à la débauche. Ce qui me déplait, c’est à la fois l’aura de romantisme fade qui l’entoure, et la pression sociale qui, en Chine, rend toutes les célibataires de vingt-cinq ans honteuses d’elles-mêmes. Ce qui me fait horreur, c’est le divorce. Et l’idée de divorce. Quelque part, comme on dit, je pense que si le divorce est autorisé, on ne devrait pas se marier du tout.
En revanche, Je crois aux possibilités multiples et aux ressources de l’esprit d’enchantement. Un esprit d’aplomb doit pouvoir s’émerveiller d’une femme toute sa vie. Mais une femme réelle, non une poupée en sucre. Mais une femme réelle et non la comédie sociale qui serait son pendant. Une femme réelle, non une princesse conventionnelle.
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Je déteste le rêve, me faire bercer par des rêves. La réalité seule me fait vibrer. Les femmes réelles seules me donnent de l’émotion. La réalité est enchanteresse, pour qui se baigne au lac des Nuages pourpres avec Yang Lu, pour qui s’amuse avec Melody « sur des ponts très bien », pour qui regarde sous les jupes des filles.