Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.
Ce matin, un étudiant me demande pourquoi je n’ai pas répondu à son mail. De quoi s’agissait-il ? « Je vous demandais s’il y avait des expressions utiles à connaître pour mon travail d’interprétariat. » Des expressions utiles ? Oui, il y en a certainement, mais puis-je les lui dire à l’avance ? Cela va dépendre des situations rencontrées, camarade. Le mieux, à ton niveau, c’est que tu apprennes le français, les expressions utiles y sont toutes contenues.
Le voyageur doit ainsi parfois se débrouiller avec des questions étonnamment ouvertes, dont les réponses exigent soit une prescience extraordinaire, soit de reposer soi-même la question pour la cadrer. Le jour de la venue du vidéaste Robert Cahen, un Chinois lui a demandé : « Quel est le sens de chacune des séquences, et quel est le sens de l’ensemble de votre film ? » Démerdez-vous avec cela. Peut-être les Chinois se contenteraient-ils d’une réponse confucéenne, du genre : chaque séquence est comme un animal qui attend d’être nourri. Ou bien : le sens est à chercher à l’est quand vous êtes vertueux, à l’ouest quand vous êtes triste. Il faudrait essayer.
Un autre jour, on me présenta une fille qui me dit : « Ah oui, l’histoire de l’art, c’est intéressant, parle-m’en un peu. Et après, tu pourrais parler de philosophie.» C’est donc une question de survie que de savoir dévier, feinter, esquiver. Le mieux est de savoir retourner les questions.
La semaine dernière, une autre étudiante me parle après un cours. Nous prîmes le bus ensemble. Elle me fit part de ses angoisses existentielles. Après la lecture du Monde de Sophie, elle s’était prise d’un affolement, d’un gros doute interne quant à la réalité de son existence et des choses autour d’elle ; classique angoisse d’adolescent, mais décrite avec subtilité et précision. Elle cherchait une réponse, mais à une question très vague qu’elle me posa : « Pour vous, qu’est-ce que c’est le sens de la vie ? » Je lui dis que je ne pouvais pas répondre. Elle précisa sa pensée : « Je veux dire, quelle est votre vision de la vie ? » En vieux loup de mer, je m’en suis sorti en lui demandant quelle était la sienne, ce qui l’a fait parler tout le long du trajet.
A la fin du cours suivant, elle est venue me voir pour me dire : « J’ai compris ce qu’était la vie pour vous. » Imaginez mon étonnement. Je la sommai de m’éclairer. « Vous cherchez l’art de la vie » dit-elle. C’est donc cela ?