Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.
L’autre jour, ma belle employee m’alpague pour me donner la dernière nouvelle : elle s’est fait faire, sur mesure, un costume de Harry Potter. Pour son fils ? Non, pour elle. Va-t-elle à une soirée costumée ? Elle me répond que non, de l’air de dire : « Pourquoi veux-tu que j’aille à une soirée costumée ? » Elle essaye la cape devant moi, dans son bureau où je l’ai suivie. « Comment tu me trouves ? » Ecoute, très jolie, mais enfin, tout te va bien, alors une cape avec l’écusson d’une école de sorcier, pourquoi pas ; sauf qu’en réalité, pourquoi ? Je ne cessai de demander pourquoi, mais pourquoi un costume de Harry Potter.
Je dois à mon sens rationnel, auquel je sacrifie beaucoup, de lui demander pourquoi. Elle hausse les épaules, mais n’a pas de réponse définitive, elle dit que c’est pour s’amuser, (la réponse même que je lui avait faite quand elle m’avait demandé pourquoi j’avais écrit un manuscrit. Avait-elle déjà porté son beau costume ? Oui, ici, dans le bureau, et nulle part ailleurs. Je décidai de ne pas la laisser filer, car je ne peux pas vivre sereinement sans rien comprendre à ce que font mes semblables. En règle générale, j’ai besoin, pour ne pas devenir fou, d’avoir une explication, même partielle, même bizarre, même fabuleuse, de ce que je vois. Je deviens nerveux quand on laisse les choses et les actes sans raison suffisante, hors de tout enchaînement causal. Alors je tenais mon amie à la gorge, assoiffé de bon sens, prêt à tout pour une bonne raison, un mobile. Mais je n’eus pas gain de cause, elle ne me dit rien, ne m’avoua aucune passion pour Harry Potter, même pas un intérêt soutenu, non, l’occasion a dû se présenter et elle a dû se dire : « Pourquoi pas ? »
Il y a des femmes qui font écrouler en moi, incessamment, mes plus solides fondations philosophiques.