Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.
L’autre jour, l’ambassadeur du Farghestan, son excellence Gabriel Terrecline, me téléphone. Après avoir fait le tour de la situation géopolitique du moment, il me demande, d’une voix lasse et pleine de retenue, si je pourrais accompagner sa fille pour un voyage à Hangzhou. Je ne lui avoue pas que sa fille, je pourrais l’accompagner au bout du monde.
Sa fille est chinoise. Monsieur Terrecline l’a adoptée quand elle avait quelques mois d’existence. Les quelques compagnes qui ont partagé la vie de monsieur Terrecline ont préféré faire des enfants avec d’autres ambassadeurs, les femmes sont ainsi.
Dans le train pour Hangzhou, mademoiselle Terrecline m’apprend qu’elle n’est pas de l’ethnie Han (ce que nous appelons « chinois ») mais qu’elle appartient à l’ethnie Mandchoue. Voilà donc pourquoi je lui voyais un air français et un peu pincé (voir l’article L’image d’une fille idéale.) Elle dit que si elle avait vécu sous les Qing, elle eût été une princesse, dans la Cité Interdite. Moi aussi, ce sont des choses que je raconte ; si j’étais né au temps de Rollon, de Guillaume le conquérant ou de son fils Henri 1er Beauclerc, j’aurais été un baron normand ou un seigneur d’Angleterre.
Nous nous sommes regardés avec une fascination partagée. Notre noblesse putative nous donnait un maintien et une tenue que seule l’imagination sait rendre aussi vivace, comme les fleurs rouges des plantes vivaces.