Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.
La rue Wangfu Jie, dans le quartier de Xinjiekou, est réputée pour ses restaurants. Il y en a un qui garde le souvenir de Mao, qui se nomme « La maison de Mao », un restaurant Hong Kongais, un très bon restaurant japonais, un pékinois, un mongol, bref il y a tout ce qu’on veut, et de bonne qualité.
Avec Serge, j’ai choisi l’autre jour le restaurant « musulman », des spécialités du Xingjiang. Les serveurs portent des calottes très belles, très colorées. Une jeune femme n’avait pas d’uniforme et se baladait, elle devait être la patronne, ou la fille, ou la femme du patron. Son visage appartenait à l’Asie centrale, des yeux soulignés de noir qui étincelaient. Elle se savait observée par moi et, pour attirer davantage l’attention de Serge, fit des mouvements de danse. Vers la fin du repas, ses amies entrèrent au restaurant. Après quelques salamalecs, des gestes plus tendres eurent lieu entre copines. La rouquine, une Turco-Mongole, ouvrit les pans de la veste de la jeune patronnesse et y introduisit ses bras pour l’enlacer. Leur visage se touchait presque, les autres copines trouvaient cela naturel. Elles se dégagèrent doucement, et c’est une autre copine qui s’approcha de la même Ouighour pour l’embrasser sur la bouche. Moi, qu’il est très difficile de couper quand je parle, je fus réduit au silence et à la contemplation rêveuse. Serge prétendait qu’elles s’exhibaient, que leur spectacle nous était destiné. Je pensais que cela était bien la réflexion d’un homme qui a l’habitude d’être regardé par les femmes. Vous avez du mal à y croire quand, depuis l’adolescence, il vous a toujours fallu raconter cinq ou six histoires drôles pour qu’une fille se souvienne de votre nom.
Je fus convaincu que mon ami était dans le vrai quand nous sortîmes du restaurant. Notre passage le long du bar de l’entrée fut salué par deux ou trois baisers sur la bouche de ces filles en goguette. Je m’arrêtai quelques secondes pour regarder les lèvres en gros plan. Si j’avais su l’idiome de cette jeune musulmane aux yeux de braise, je lui aurais demandé la permission de me joindre à elle(s), mais je fus poussé par Serge. Sur nos vélos, tandis que nous nous égarions dans les ruelles en face de la mosquée, il me fit considérer une chose : les musulmanes rouquines, bien sûr, personne n’y est indifférent, mais valent-elles le risque de se faire planter un coup de couteau par un frère, un père ou un mari kazakh ?