Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.
Dans l’art de la calligraphie chinoise, il y a des traits et des points.
Les points sont de deux espèces : ceux qui sont exécutés en trois mouvements, et ceux qui sont exécutés en deux mouvements.
Trois mouvements :
1- L’attaque du pinceau.
2- Le développement (réduit à son maximum.)
3- La terminaison.
Deux mouvements :
1- L’attaque du pinceau.
2- La terminaison.
Le point chinois n’est pas simple. Chez nous, le point symbolise l’unité absolue, mais aussi l’arrêt (arrêt de la phrase, arrêt de la discussion, « un point c’est tout ») et l’achèvement. Quand on dit qu’on « fait le point », cela signifie qu’on s’immobilise et qu’on revient sur le passé, on suspend le cours des événements. Dans la ponctuation, le point indique qu’on a fini une phrase.
Ce sont des lieux communs qu’il faut rappeler car les Chinois ne trouvent pas ces choses aussi évidentes que cela, et les étudiants ont du mal à intégrer l’art de la ponctuation. Dans leurs copies, ils mettent des points un peu partout, sans nécessairement mettre de majuscules après. D’autres n’en mettent jamais, préfèrent les virgules, et parsèment leurs interminables phrases de majuscules. Un exemple, beau comme de la poésie française :
Je ne sais pas écrire l’histoire, Pour la vie, mon impression est la puce une par une, vie laisse-moi perplexe, beaucoup, le monde entier me rend désespérée salement mais une petite fleur aussi me laissera plein de reconnaissant la vie
Je ne sais pas écrire l’histoire, Mon idée est très confus.
Les Occidentaux ont essayé d’avoir un rapport critique et créatif à la ponctuation : dans Ulysse, James Joyce a écrit un long texte sans ponctuation. Les dernières pages du livre sont sans point, c’est le style qui donne la respiration. Les dernières lignes, les plus célèbres de toute l’œuvre de l’écrivain irlandais, ponctuent les phrases de « oui », autant pour reprendre les paroles saccadées de l’acte sexuel que pour rejouer symboliquement une scène de mariage afin que, après avoir couché à quatre heures de l’après-midi avec un bellâtre dublinois, Molly Bloom retombe amoureuse de Léopold Bloom, avec qui elle ne couche plus depuis la mort de leur fils. Ces « oui » ne sont pas des points, Joyce le savait, mais ils pourraient en tenir lieu, c’est une piste qu’il nous présente.
Ailleurs, dans Ulysse, une autre piste nous est montrée. Un chapitre (je ne sais plus lequel, à ma grande honte) est conclu par un gros point, un point qu’on ne peut que remarquer ● Or, le point se doit d’être invisible, comme tous les signes de ponctuations. Joyce a donné de la matérialité au point, soit en s’en passant, soit en le rendant visible.
Lorsque les Chinois n’écrivent pas à la main, il est amusant de constater qu’ils font terminer leurs phrases par des petits cercles, non des points.