Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.
Comme je suis le seul étranger du département, on me choie et on m’écarte. Je suis à la fois privilégié et tenu à distance. Mes collègues se voient, organisent des pots de rentrée, des voyages, des promenades semi-lucratives, dont je suis soigneusement exclu. C’est d’autant plus triste que je n’ai jamais vu certains de mes éminents collègues et que j’ai déjà émis le souhait de saluer celui d’entre eux qui est connu, entre autres, pour avoir traduit Proust en chinois. Oui madame, j'ai un collègue qui est le traducteur de Proust en chinois! Malheuresement, je ne peux pas dire, en situation mondaine : "Mon ami, monsieur Machin, qui a traduit Le temps retrouvé en chinois, m'a dit que..."
Je me perds alors en conjecture, me demande s’ils sont fâchés contre moi, si je suis indésirable, insortable, insupportable, désagréable. Puis ne voyant aucune raison pour qu'ils pensent cela de moi, je tente de profiter de la tranquillité absolue qu’on me laisse, tant pour ma vie privée que dans mon travail. Pendant un mois et davantage, les contacts avec le personnel que je suis en droit d’appeler « mon équipe » peuvent être réduits à presque rien.
Le voyageur qui, par nature et par choix, rejette toute certitude quant à sa quiddité, en arrive à douter de sa propre existence. Le voyageur n’est-il pas, au fond, un fantôme, un spectre qui passe de salle en salle et que personne n’entend ? Qui regarde mais que personne ne voit ?