Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.
Je continue de voir ma belle collegue, de loin en loin. Nous nous téléphonons et fixons des rendez-vous pour des dîners romantiques. Je me tire à quatre épingles et la bouffe des yeux pendant deux heures. Après, je la raccompagne chez elle, en gardant sa main dans la mienne quand elle a envie d’avoir un contact avec moi.
Ses grains de beauté ont disparu, mais ils ont laissé place à une série de crevasses sur le visage. Quinze petits trous qu’elle craint ne jamais voir se cicatriser. Elle est désespérée, elle raconte l’accident dans le détail, comment la chirurgienne se décharge de toute responsabilité, d’autant plus facilement que mon amie a signé un papier, avant l’opération, qui prévoit une possibilité d’erreur. La clinique lui a fait une faveur, prétend la chirurgienne, en utilisant pour elle une « machine importée ».
« -Mais je n’ai jamais demandé une machine importée ! Une machine chinoise aurait aussi bien fait l’affaire. »
Je dis qu’elle est désespérée, mais elle ne le montre pas. Je suppose qu’elle est désespérée, compte tenu de l’attention qu’elle porte à son apparence physique. Face à moi, elle garde son calme olympien, son sourire et son charme.
De mon point de vue, cet accident facial ne la défigure pas, ne la fait pas rétrograder dans l’échelle des beautés nankinoises, mais elle peine à changer de sujet de conversation. Et quand elle change de sujet, elle y revient souvent. Surtout qu’un malheur ne venant jamais seul, son coiffeur lui a bousillé les cheveux, pendant les fêtes du nouvel an. Elle porte maintenant les cheveux courts, avec une frange qui balaie son front. Un nouveau look qui lui donne des airs de trentenaire entreprenante.