Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.
Vous avez remarqué, les voyageurs, dans les livres, ne travaillent jamais. Ils voyagent, ils vont d’hôtel en hôtel, et on ne sait jamais d’où leur vient l’argent. Souvent, ils font de grands discours sur le voyage, toujours lénifiants, (pourquoi veut-on toujours parler sur le voyage, et pourquoi est-ce toujours si ennuyeux ?) mais on ne sait pas comment on pourrait, nous aussi, mettre à exécution de tels projets de déplacements, de vagabondages, de flâneries métaphysiques.
Nicolas Bouvier mentionne qu’il lui reste juste assez d’argent pour tenir quatre mois, mais d’où tient-il cet argent ? Il l’a gagné, on le lui a donné, prêté ? L’as-t-il volé ? Suis-je le seul à me poser cette question ?
Les questions d’argent abondent dans la littérature « sédentaire », elles constituent parfois un puissant ressort narratif, puisque le lecteur ne peut que se sentir bien, gonflé à bloc, en s’identifiant à un personnage qui devient riche, comme dans les succes stories, et se morfondre devant les vicissitudes des pertes d’argent, comme dans les romans de Zola et de Lao She. Mais dans la littérature de voyage, on aime prétendre que le voyageur est libre de toute contingence matérielle. C’est d’un fleur bleue.
Il y a peut-être une autre explication. Le seul type de métiers qui conviennent au voyageur sont les boulots d’aventurier, trafiquant d’armes, grand reporter, chef de chantier comme Zorba le Grec. Or, les écrivains ont rarement de tels métiers car s’ils les avaient, ils n’auraient plus le temps d’écrire. L’écrivain préfère passer son temps à rêvasser, à lire et à écrire. Un peu comme le voyageur lui-même.