Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.
Je prépare une conférence sur Sartre, qui aura lieu à la médiathèque de l’alliance française dans quelques jours. Myriam, la jeune directrice de l’alliance, me l’avait demandé l’année dernière, en prévision d’une exposition sur le philosophe, exposition dont les panneaux sont maintenant accrochés aux murs de la médiathèque.
Lumière de l’Aube sera mon interprète. Il prend les choses au sérieux, il dit vouloir faire une grande impression et recouvrer la confiance de Myriam, qu’il croit avoir perdue il y a quelques années. Il potasse, à présent, les pages que j’ai écrites, pour se familiariser avec les rares termes techniques qu’il devra traduire en chinois, et faire sienne l’approche sans doute un peu tordue que j’ai dû adopter de la prose franche et virile du fondateur de l’existentialisme.
Mon angle d’attaque sera l’ « extériorité », ou comment le simple mouvement de « sortir » peut se retrouver dans toutes les directions de l’œuvre de Sartre, depuis la philosophie de la conscience jusqu’à la théorie de l’engagement, de son théâtre à ses fictions, sans oublier sa vie, passée dans la rue, dans les cafés et les rencontres. Mon titre sera : Sartre, vivre dehors. C’est une légère référence au fameux « courant d’air frais » dont parlent Tournier et Deleuze pour évoquer l’influence de L’être et le néant sur leur jeune esprit d’étudiants.
Les Chinois n’imaginent pas une conférence comme un long exposé sérieux et difficile. Ce sera donc, si tout va bien, une causerie du samedi après-midi, arrosée de vin et de sandwich. Je tenterai simplement de faire passer, outre l’envie de lire quelques livres, un certain anti-conformisme de Sartre, son indifférence au mariage, aux coutumes, au prestige social, aux rites et aux pressions familiales, toutes choses qui obsèdent les Chinois. Une petite leçon de désobéissance.