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Des mini reportages sur la vie et les gens de la "capitale du sud". En marges de l'actualité brûlante pour faire découvrir une Chine tantôt drôle, tantôt poignante.

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Les langues étrangères (1)

Je m’étonnais, hier, du fait que ceux qui connaissaient le chinois ne s’émerveillaient pas de la culture chinoise. Cela touche le rapport ambigu que j’entretiens avec les langues étrangères en général. Sans être handicapé sur ce plan, je n’ai jamais été un grand linguiste. Je n’ai jamais eu, non plus, un fort désir de langues : à choisir, entre plusieurs compétences que je ne possède pas, je préfèrerais jouer du piano que parler espagnol. Maîtriser les mathématiques que parler anglais sans accent français. Etre un tombeur de femmes que connaître l’arabe. Ou bien savoir dessiner ! J’adorerais savoir dessiner, depuis le temps que je m’escrime à barbouiller mes carnets de paysages, de visages et d’architectures. Si je pouvais rendre l’effet de l’eau scintillante du lac des nuages pourpres, en dessin, je crois que je serais prêt à échanger mon niveau d’anglais contre ce savoir-faire. Voilà, on peut me traiter de beauf ou d’esprit étroit, mais c’est ainsi : pour moi, beaucoup de choses passent avant les langues étrangères.

J’ai parlé de quelques langues, mais pas du chinois. Car le chinois est beaucoup plus qu’une langue. C’est un monde et un art en tant que tel. C’est pourquoi je ne suis pas sûr de me consoler de n’avoir pas eu la pugnacité de l’étudier plus avant.

Sigismond, par exemple, parle, excellemment quatre ou cinq langues : l’anglais, l’espagnol, le grec, l’italien et le chinois. En qualité de Belge, il devrait connaître le néerlandais, mais ça n’a jamais été son truc. Son truc, dans la vie, ce sont les langues. Il est venu en Chine pour ça, et il ne perd pas son temps. Il a atteint, en quelques années, un niveau impressionnant. Pour lui, je fais une exception. Je l’admire un peu car il n’étudie pas seulement une langue pour communiquer, comme tout le monde, il en parcourt l’histoire, il en dessine ardemment les caractères.

A propos de mon long voyage en Chine, il m’a dit : « Ce sera aussi un beau voyage dans la langue chinoise. » J’ai répondu que ce serait probablement plutôt un voyage dans la langue française. Il a ricané : « C’est un peu paradoxal. » Mais moi, j’écris en français. C’est encore le français qui me remplit de joie et d’incertitude. Tant que je ne maîtriserai pas les arcanes de ma langue, je ne me vois pas passer des années avec une autre. C’est un peu une question de fidélité amoureuse.

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G
Nanda, ca veut dire Nanjing Daxue, c'est le nom de la grande universite de Nankin, ou la philo, parait-il, est en bonne position dans les classements nationaux (car ici, on classe les facs, les departements, on classe meme les profs etrangers car il y a l'election du prof etranger le plus aime de Nanda, laquelle aura lieu, je l'espere, apres mon depart de la ville.) <br /> Ce debat ne me parait pas aller bien droit et ce pour une raison : ma phrase n'etait pas bien pesee au depart, "Car le chinois est beaucoup plus qu’une langue. C’est un monde et un art en tant que tel." En effet, je ne suis pas certain que ca veuille dire quelque chose. C'etait pourtant ressenti, je ne la repudie pas, mais je me laisse du temps pour decider de son sort.<br /> Maintenant, ca ne doit pas nous egarer vers une question vaseuse qui consisterait a savoir si le chinois a une quelconque superiorite. Bien sur qu'elle n'en a pas, pourquoi en aurait-elle ? Encore une fois, c'est juste un evenement incroyable, repoussant et attirant, un evenement artistique vertigineux.  
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B
Moi, je suis tout à fait d'accord avec vous deux et avec le prof de philo de Nanda (c'est quoi, "Nanda"? L'université de Shanghaï?). Mais on pourrait objecter comme LuXun que tout ça, c'est l'idéologie de l'impérialisme linguistique chinois: l'occidental qui ne pense pas dans sa langue n'est le critère de rien du tout, sauf de la pauvreté de sa vie intérieure; il y a aussi une calligraphie arabe; surtout, les idéogrammes sont de pures conventions qui forment des suites linéaires de signes, seul l'agencement diffère: deux signes sont superposés ou imbriqués au lieu d'être côte à côte, le lignes sont verticales, etc. Par contre, la complexité des signes eux-mêmes, leur nombre, tout cela ne plaide pas en leur faveur. On peut bien rigoler sur l'utilitarisme communicationnel, quand 80% d'une population est illettrée, comme ce fut le cas de la Chine avant la latinisation, il y a un problème qui n'est plus du tout rigolo.<br /> Pourtant, ce que tu dis, Delphine, paraît vrai, mais laissons Guillaume finir sa sieste si le Mexicain le lui permet.
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D
Je cite le point de vue d’un prof de philosophie de Nanda. La différence du caractère chinois et occidental implique celle de leur manière de pensée, ou la vision. Les mots occidentaux sont crés de façon linéaire, d’ajouter les « -ffix » à une racine de mot, donnant ainsi un « signe ».<br />  <br /> <br />  Les caracères s’évolue avec « l’image ». (Xiang, 象) , classée en trois échelons : le voir, le sentir, l’intégrer. L’expérience de lire un caractère, par ex. « dévoué / fidélité »--Zhong 忠 , en haut le « milieu », en bas le « coeur ».On sent le dévouement, puis plus loin, la morale.<br />  <br /> <br />  La lecture en chinois n’est pas comme celle en français, anglais, etc. Pour la première, on s’intègre ; pour la deuxième on avance. Un sens différent. Il est intéressant que, quand je tombe sur un caractère inconnu, je vois sa construction et je sens l’atmosphère de ce caractère. Alors que pour un mot français, on tend à raisonner à partir de la racine. L’ expérience d’intuition sensible pour l’atmosphère, contre celle du raisonnement des « signes ».<br />  <br /> <br /> Donc la « logique », c’est plutôt occidental, (ou moderne, après 1919 en Chine). Pourtant de nos jours c’est la logique qui remporte. On compte ça une « amnésie collective »
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G
Tres drole, Ben. <br /> Tentative de precision de la theorie portative. Le chinois est aussi un art en tant que tel, comme le montre la calligraphie, ou la poesie qui autant sur les sonorites et les assonnances que sur les tonalites, leurs rappels, leurs symetries. Cette langue est un monde et un art par tout ce que les Chinois eux-memes y ont mis, investi. Le rapport qu'ils entretiennent a leur langue, l'importance que ca a,  n'a pas de ressemblance avec le rapport des europeens avec leur langues. <br /> Mais je sens bien que ce n'est pas satisfaisant. Permets-moi de dormir la-dessus.
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B
En somme, le privilège du chinois serait qu'il est impossible d'y rédiger des SMS, incontestable preuve d'inefficacité, ou de refus de l'utilitarisme communicationnel insupportable de notre époque. Mais je ne réussis pas bien à saisir le sens de ta théorie portative sur l'absence de "solution de continuité". En France non plus, aucun homme de Cro-Magnon ne réussirait, je pense, à lire "Le Monde" sans une solide motivation. Moi-même, j'ai du mal.  
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